L’agriculture au féminin

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
SUCO a aussi entrepris des actions au Pérou, où l’organisme a développé un programme de formation semblable à celui du Nicaragua, reconnu par le ministère de l’Éducation et qui a permis de travailler avec des communautés isolées en haute altitude.
Photo: Carlos Ly SUCO a aussi entrepris des actions au Pérou, où l’organisme a développé un programme de formation semblable à celui du Nicaragua, reconnu par le ministère de l’Éducation et qui a permis de travailler avec des communautés isolées en haute altitude.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération

Comment aider les jeunes femmes des pays les plus pauvres de la planète à s’émanciper et à se sortir de la misère ? L’un des moyens importants est par l’agriculture à petite échelle, où les femmes occupent une place importante. Une coalition appelée Aid4Agriculture (Aid4Ag) comprenant une trentaine d’organisations canadiennes, dont SUCO fait partie, s’est donc formée pour faire pression sur le gouvernement canadien afin qu’il investisse 2,5 milliards en cinq ans, de 2017 à 2022, en agriculture durable. Le contexte semble bon puisque la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, se dit prête à hausser l’aide aux pays en développement et a reconnu le rôle important de l’agriculture dans le développement économique.

Implication sur le terrain

SUCO travaille déjà au Nicaragua, au Honduras et dans d’autres pays à former les jeunes femmes agricultrices à devenir un peu plus maîtresses de leur destin. Pourquoi aider ainsi les femmes ? Parce qu’elles forment 43 % de la main-d’oeuvre agricole dans les pays en développement. Pourtant, elles ne représentent que 5 % des propriétaires fonciers en Afrique du Nord et en Asie de l’Ouest. En Afrique subsaharienne, ce pourcentage est un peu plus élevé, mais il n’atteint tout de même que 15 %. Pourtant, SUCO a calculé que les femmes fournissent environ 50 % des revenus des familles en milieu agricole et produisent globalement 50 % des aliments consommés.

SUCO et d’autres organismes de coopération croient donc qu’en formant les jeunes femmes de 16 à 19 ans aux méthodes d’agriculture durable et résiliente (résiliente : qui s’adapte aux conditions changeantes du terrain et du climat) et à l’entrepreneuriat, il leur sera possible d’atteindre une plus grande autonomie financière et même de développer des qualités de leader.

L’exemple du Nicaragua

Au Nicaragua, SUCO a créé le Projet d’amélioration de la production et des capacités de la gestion agricole des jeunes producteurs et productrices (appelé PROGA-Jeunes), en collaboration avec Affaires mondiales Canada. Le projet a permis de former plus de 2300 jeunes (dont 44 % de femmes) à la gestion durable d’une ferme. « Quatre femmes sur cinq qui ont participé à PROGA participent depuis à des activités de commercialisation et de production traditionnellement réservées aux hommes », affirme Nadia Ponce Morales, conseillère en environnement pour SUCO et membre du groupe de réflexion sur la sécurité alimentaire. « C’est un pas de plus vers une plus grande autonomie des femmes et le fait d’avoir des femmes et des hommes dans la même formation est aussi un pas vers l’égalité entre les sexes », affirme Richard Veenstra, directeur général de SUCO.

PROGA-Jeunes a aussi permis à 600 jeunes femmes qui n’avaient pas terminé leurs études secondaires au début du programme d’avoir accès à une éducation de qualité.

La formation est axée sur des choses très concrètes. « Par exemple, un atelier porte sur la fabrication d’un engrais biologique, illustre M. Veenstra. Une fois la technique maîtrisée, les gens peuvent ensuite aller vendre cet engrais sur le marché. »

Des femmes se sont prises en main, elles ont une plus grande confiance en leurs capacités et certaines se voient comme entrepreneures. Des maires de villes et de villages ont aussi changé d’attitude face aux jeunes femmes et ont davantage de respect et d'écoute envers elles.

D’autres initiatives

SUCO a aussi entrepris des actions au Pérou et en Haïti. « Au Pérou, nous avons développé un programme de formation semblable à celui du Nicaragua, ajoute M. Veenstra. Il est reconnu par le ministère de l’Éducation et nous a permis de travailler avec des communautés isolées en haute altitude. En Haïti, notre partenariat était axé sur la nutrition. Il a permis de produire un guide alimentaire adapté à la population haïtienne. » SUCO intervient aussi au Sénégal, où elle a envoyé des conseillers au sein d’entreprises d’économie sociale pour enseigner différentes techniques de culture agroenvironnementales.

S’adapter aux changements climatiques

SUCO est aussi consciente que les méthodes de culture de la terre devront s’adapter à la réalité des changements climatiques. En Afrique, cela se manifeste par une plus grande désertification et en Amérique du Sud et centrale par une recrudescence des événements climatiques extrêmes, comme les ouragans. « Cela demande de la résilience et le développement de nouvelles méthodes et stratégies, explique M. Veenstra. Par exemple, on propose de cultiver la terre toute l’année pour pallier une mauvaise récolte qui surviendrait dans l’année et qui serait causée par une infestation d’insectes ou un ouragan. On enseigne de nouvelles stratégies de captation de l’eau qui misent sur sa réutilisation après filtration. » Au Nicaragua, la manière de cultiver des sols à flanc de montagne sans accroître l’érosion est aussi enseignée.

Accroître l’estime des femmes

Les actions de SUCO auprès des jeunes femmes et adolescentes ont eu des répercussions positives sur leur estime. « Des femmes se sont prises en main, elles ont une plus grande confiance en leurs capacités et certaines se voient comme entrepreneures, souligne M. Veenstra. Des maires de villes et de villages ont aussi changé d’attitude face aux jeunes femmes et ont davantage de respect et d’écoute envers elles. Beaucoup reconnaissent leur apport dans la communauté, car ils constatent qu’elles sont en mesure de proposer des solutions à des problèmes concrets et qu’elles prennent des initiatives. »

Développer une saine alimentation

La malnutrition est encore bien présente dans le monde et les femmes ont un rôle important à jouer pour atténuer le phénomène. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 795 millions de personnes n’ont pas assez de nourriture pour s’alimenter au quotidien. La malnutrition touche cependant un nombre encore plus grand de gens, soit une personne sur trois dans le monde. Les carences en fer, en vitamine A, en iode et en zinc touchent 30 % de la population dans les pays en développement. Enfin, 70 % des personnes qui souffrent de la faim demeurent en régions rurales et la plupart d’entre elles travaillent en agriculture. De là, toute l’importance de concentrer les actions dans ces milieux et d’y impliquer les femmes.

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