Quand les femmes et l’agriculture vont de pair

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Délégation d’agricultrices du Bénin, du Mali et du Sénégal en stage au Québec en novembre 2016
Photo: UPA DI Délégation d’agricultrices du Bénin, du Mali et du Sénégal en stage au Québec en novembre 2016

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération

L’apport des femmes dans la production alimentaire des pays en développement est inestimable, mais leur labeur au quotidien est bien peu reconnu. En revanche, il y a de l’espoir grâce à des programmes de soutien de l’Union des producteurs agricoles développement international (UPA DI). Zoom sur cet enjeu de taille en compagnie de sa secrétaire générale adjointe, Hélène Jolette.

Mme Jolette rappelle que l’agriculture familiale produit 80 % des aliments qui sont consommés dans les pays en développement. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ces petits exploitants, parmi les plus pauvres,continuent paradoxalement d’être les plus vulnérables. « D’autant plus, ajoute-t-elle, qu’ils font face à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition. Et parmi les personnes qui souffrent de cette insécurité alimentaire, eh bien, ce sont les filles et les femmes qui sont particulièrement touchées. » Ce sont en effet ces dernières qui portent souvent le poids de tout un village sur le plan de l’alimentation. « D’après les chiffres de la FAO, la production alimentaire résulte de 60 % à 80 % du travail des femmes dans les pays en développement », souligne-t-elle.

C’est entre autres sur ce type d’enjeu que l’UPA DI intervient par l’entremise de ses programmes et autres actions in situ en Afrique. « Nous sommes un organisme qui partage l’expertise de tous les membres de l’UPA. C’est une expertise collective qui permet aux producteurs d’améliorer leur production et de favoriser le regroupement de façon à décider ensemble de ce qu’ils veulent se donner sur le plan des services collectifs, afin aussi d’augmenter leur revenu dans ces pays. »

Photo: UPA DI Céline Georlette (au centre), volontaire pour l’UPA DI, en mandat au Sénégal

Égalité des chances

S’il est un combat essentiel qui doit être mené sur une base permanente, c’est bien celui d’accorder les mêmes chances aux femmes qu’aux hommes sur le plan de l’accès à de l’équipement, au financement et au crédit et autres ressources si nécessaires à la bonne marche de la production alimentaire, fait-elle valoir. « Si, en effet, ces femmes avaient le même accès que les hommes, elles pourraient augmenter de 20 % à 30 % leur rendement agricole, ce qui, par conséquent, réduirait de 15 % le nombre de personnes affamées dans le monde. »

Un projet concret

Sur le plancher des vaches, il suffit de lire la documentation de l’UPA DI pour constater que ses actions portent leurs fruits. À titre d’exemple : le Projet résilience climatique, au Burkina Faso, mis sur pied en 2013 et 2014 avec un partenaire local, soit l’Union des groupements pour la commercialisation des produits agricoles de la Boucle du Mouhoun (UGCPA/BM). Ce projet visait à améliorer de façon durable la sécurité alimentaire de ce coin d’Afrique. Les familles paysannes de la région, et, plus spécifiquement, les femmes et les jeunes, qui constituent des groupes plus vulnérables, ont été les premières ciblées par les activités. L’épuisement des sols, la réduction nette des disponibilités en eau, la déforestation et la diminution de la productivité agricole sont au nombre des principaux effets à craindre des changements climatiques dans le pays, constituant ainsi des menaces importantes à la sécurité alimentaire.

Les actions et les résultats de ce programme ? L’élevage de petits ruminants en contention a permis, par exemple, d’augmenter la production d’aliments riches en protéines, de mettre un frein au déboisement causé par la consommation de jeunes plants par les animaux en élevage libre et d’approvisionner en fumier des systèmes de production de biogaz (biodigesteurs). Ces derniers ont procuré une autre source d’énergie pour la cuisson des aliments et l’éclairage, ce qui a permis de limiter davantage le déboisement, de diminuer les corvées de collecte de bois de chauffe et de réduire les dépenses des familles pour l’achat de bois et de charbon. Qui plus est, lit-on plus loin, la culture du niébé et la plantation d’acacia albida ont amélioré, de façon importante, la fertilité des sols tout en procurant des aliments et des revenus pour les populations, mais également des fourrages pour les animaux d’élevage.

Photo: UPA DI Isabelle Hardy, agricultrice québécoise, donne une formation sur le leadership féminin en Afrique.

La suite et l’avenir

C’est qu’il y a aussi une suite à cette initiative, note Mme Jolette. « À la suite de ce projet qui a duré 18 mois, deux membres de l’UGCPA/BM sont venus passer deux mois et demi dans le Bas-Saint-Laurent dans le cadre d’un stage dans une ferme pour voir comment l’élevage ovin se fait. Et un producteur du Bas-Saint-Laurent se rendra au Burkina Faso en février pour assurer un suivi et donner son appui. »

Enfin, qu’en est-il de l’avenir ? Y a-t-il de l’espoir ? Oui, il y a de l’espoir, confirme Hélène Jolette. « Ça fait quinze ans que je fais partie de l’UPA DI. Au tout début, je suis allée au Sénégal rencontrer des organismes partenaires où il n’y avait presque pas de femmes. Et celles qui étaient présentes aux rencontres ne voulaient absolument pas prendre la parole. Depuis, j’ai vraiment vu une nette amélioration au fil des ans, alors que plus de femmes participent aux rencontres. On remarque aussi la qualité de leurs interventions. Reste que les défis demeurent quant à l’accès aux facteurs de production, à l’eau et au crédit. C’est un travail de longue haleine. »

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