L’avenir des filles passe par l’éducation

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
Agathe (8 ans), Rosine (11 ans) et Lucresse (7 ans), qui ne savaient ni lire ni écrire lorsqu’elles ont commencé à étudier grâce au projet Assovie, présentent fièrement leur ardoise, sur laquelle elles ont copié la date du jour.
Photo: OXFAM Agathe (8 ans), Rosine (11 ans) et Lucresse (7 ans), qui ne savaient ni lire ni écrire lorsqu’elles ont commencé à étudier grâce au projet Assovie, présentent fièrement leur ardoise, sur laquelle elles ont copié la date du jour.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération

Au Bénin, Oxfam agit pour améliorer le sort des jeunes filles, notamment grâce à l’éducation et à la sensibilisation aux questions de régulation des naissances.

En Afrique de l’Ouest, l’inégalité des chances entre garçons et filles est flagrante. Les organismes présents sur le terrain, comme Oxfam, travaillent sur plusieurs fronts pour réduire cette inégalité, qui passe avant tout par l’éducation.

Sara Farley est conseillère en matière de justice entre les femmes et les hommes pour Oxfam à Cotonou, au Bénin, depuis cinq mois. Auparavant, elle a travaillé un an au Burkina Faso et trois ans au Cameroun.

« Certains problèmes majeurs pour les droits des femmes sont récurrents en Afrique de l’Ouest, par exemple le mariage des enfants et l’excision, dit-elle. Ce sont nos deux gros dossiers. Au Burkina Faso, on dépasse les 75 % de taux d’excision. Au Bénin, c’est beaucoup moins, sauf dans certains départements spécifiques, mais on a plus de 35 % des femmes qui ont été mariées avant l’âge de 18 ans. De ces 35 %, environ 7 % ont été mariées avant 15 ans. »

Les impacts principaux du mariage précoce, pour les jeunes filles, sont la déscolarisation et la grossesse précoce.

« Même hors mariage, on les sort également de l’école trop rapidement, mais le mariage est un important facteur de cette déscolarisation. En sortant trop vite de l’école, elles ont beaucoup moins de possibilités d’autonomisation économique. Avec le mariage précoce viennent aussi la grossesse précoce et les enjeux majeurs que cela entraîne pour la santé maternelle. On peut dire aussi que cette maternité précoce entraîne une dépendance complète au mari. La femme peu scolarisée avec des enfants devient subordonnée. »

Photo: OXFAM L’éducatrice Agbessi Mathile et ses élèves profitent d’un moment de détente dans leur salle de classe du marché Saint-Michel, à Cotonou, au Bénin. Cette salle de classe permet à de jeunes filles qui travaillent au marché de faire leurs études primaires, grâce au projet Asovie.

Dans bien des cas, ces mariages sont aussi forcés. Plusieurs facteurs entraînent cette situation. La pauvreté incite les familles nombreuses à marier leurs filles jeunes pour avoir une bouche de moins à nourrir. En mariant sa fille, on veut aussi lui assurer une place dans la société, et on reçoit une dot. Les garçons, eux, vont à l’école plus longtemps parce que les familles voient davantage pour eux un avenir professionnel.

« Ces jeunes filles se retrouvent avec des enfants avant l’âge de 18 ans. Leurs options, dans la vie, sont alors très limitées. Il ne leur reste plus de liberté, c’est une soumission totale. L’égalité, c’est le pouvoir de jouir pleinement de nos droits et libertés. Le mariage des jeunes filles et la grossesse précoce sont des facteurs très importants d’inégalité en Afrique de l’Ouest. »

Dans ce contexte, la question de la régulation des naissances est extrêmement importante, mais peu de moyens de contraception sont disponibles.

« Une femme qui n’a pas le contrôle de sa santé reproductive est complètement soumise à cet état de précarité qui ne fait qu’augmenter avec le nombre d’enfants. Le rôle des ONG est de leur donner de l’information sur la santé sexuelle et reproductive, mais pour elles, avoir accès à un moyen de contraception est une autre étape. Les femmes peu scolarisées ne savent même pas que la pilule anticonceptionnelle existe. Si elles connaissent leurs options, elles peuvent au moins en faire la demande, mais les moyens de contraception ne sont pas toujours disponibles. Notre rôle est aussi de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils mettent en place des lois et des mesures qui en favoriseront l’accès, ainsi qu’un système efficace pour la santé maternelle afin que les femmes aient une vie meilleure. »

Politiques familiales et équité

Sara Farley a aussi travaillé en Asie, en Amérique latine et au Québec. Elle est donc en mesure de comparer les facteurs et les politiques qui influencent les inégalités entre hommes et femmes. Bien que ces facteurs varient d’un pays à l’autre, les politiques familiales en place touchent les femmes directement, et ce, partout dans le monde.

« Au Québec, 65 % des chefs de famille monoparentale sont des femmes. De ce nombre, 50 % vivent sous le seuil de la pauvreté. Quand on ouvre un service de garde dans une université au Québec, par exemple, on offre une mesure d’équité pour que les femmes puissent continuer d’étudier, pour que le fait d’avoir des enfants ne soit pas un frein à leur scolarité. L’égalité passe par l’équité, et l’équité passe par le fait d’accommoder les familles, parce que ça touche les femmes directement. »

Au Bénin, en donnant du pouvoir individuel et de l’autonomie aux filles grâce à l’éducation, on change leur vie.

« Une jeune fille ne peut pas avoir de pouvoir sur sa vie si elle arrête l’école à onze ans. En lui donnant une éducation, on lui donne du pouvoir, une autonomie économique. Elle n’est plus obligée de se marier pour manger. Elle peut décider d’avoir accès à des moyens de contraception. »

Oxfam travaille sur différents plans pour permettre aux jeunes filles d’atteindre cette autonomie, qu’il s’agisse d’intervenir directement auprès de la population ou d’influencer les décideurs.

« Au Bénin, en ce moment, nous avons une campagne, dans le cadre de la campagne internationale d’Oxfam sur les violences faites aux filles. Pour nous, sortir une jeune fille de l’école pour la forcer à travailler est une forme de violence. On essaie de sensibiliser les gens, on travaille avec les écoles et on fait aussi un travail de plaidoyer, en amont, auprès des instances gouvernementales. On appuie les groupes sectoriels pour faire adopter les lois et pour que les lois soient appliquées. Car, on aurait beau sensibiliser la population au fait que le viol est illégal, si la police n’agit pas lorsqu’il y a un viol, ce serait inutile. »

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