Un ouragan, deux lendemains distincts

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Un jeune homme transporte des matériaux pour réparer sa maison endommagée après le passage de l’ouragan Matthew, en Haïti.
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse Un jeune homme transporte des matériaux pour réparer sa maison endommagée après le passage de l’ouragan Matthew, en Haïti.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération

Un même ouragan et deux bilans diamétralement différents : après le passage de l’ouragan Matthew dans les Caraïbes, en octobre dernier, Haïti a dénombré un millier de morts. Cuba, le pays voisin, n’a signalé aucun décès lié à la catastrophe. Pourtant, les deux pays avaient essuyé des pertes similaires après le passage du cyclone Flora en 1963, avec des morts qui se comptaient par milliers des deux côtés.

« Est-ce que jusqu’ici, en Haïti, on a appris des catastrophes du passé ?On dirait très peu, a admis Ketty Paquiot, présidente du comité consultatif du CECI-Haïti, lors du Forum international organisé par le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) et l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC). Aucun secteur ne dispose d’une bonne préparation en réponse aux crises. Il y a un manque de travaux et de mitigations des risques. Et il y a un manque de volonté des autorités étatiques de réduire la vulnérabilité du pays et de protéger la population. »

Selon ce que rapportait l’Agence France-Presse au moment de la catastrophe, 175 000 Haïtiens ont perdu leur logement à la suite du passage de Matthew. Néanmoins, l’aide internationale a permis à certains endroits de limiter les dégâts.

Mme Paquiot a évoqué la construction de plus de 500 maisons parasismiques et anticycloniques à Gressier, à une vingtaine de kilomètres de Léogâne. Ce projet a été mené par l’organisation locale ITECA, dans laquelle elle était impliquée, avec le soutien de l’organisme canadien Développement et Paix, après le séisme du 12 janvier 2010. Des études en bonne et due forme ont été effectuées avec des partenaires pour déterminer les normes à respecter afin de résister à des vents de 250 kilomètres/heure.

« Quand le cyclone est passé sur la zone où l’on a construit, il n’y a qu’une seule maison qui a perdu son toit », a-t-elle raconté. Développement et Paix a confirmé plus tard cette information au Devoir.

Mme Paquiot a aussi évoqué le projet d’urgence de gestion des risques et désastres (PUGRD) du CECI, qui soutient des comités de protection civile dans leurs démarches de planification et de préparation aux catastrophes. Mais elle a rappelé l’importance du rôle de l’État. « En Haïti, on n’a pas de défenses civiles souveraines qui sont capables de prendre cette situation en main. On est surtout à la merci de la coopération internationale. »

Le cas cubain

Marie-Michèle Grenon, doctorante en anthropologie du développement à l’Université Laval, a assisté à une tout autre mobilisation lorsqu’elle était en mission d’observation à Cuba au moment des événements. « Les autorités donnaient des directives, mais les Cubains savaient quoi faire », a-t-elle raconté. Dans le calme, les citoyens ont préparé leurs réserves en aliments et en eau, puis coupaient les branches d’arbre potentiellement dangereuses, tandis que les agriculteurs installaient des bâches solides autour de leur production. Des lieux d’hébergement étaient clairement assignés en cas de catastrophe dans chaque quartier.

« Cuba est un pays sous embargo, donc les équipements qu’il ne pouvait pas se permettre de perdre, comme les camions, les tracteurs et la machinerie agricole, étaient mis dans des trains et envoyés vers les provinces centrales pour être protégés. »

Mme Paquiot reconnaît que les Haïtiens n’ont « pas la culture de se protéger contre les cyclones » comme les Cubains. « Comme pour Cuba, c’est un problème récurrent. On est exposés et on va être frappés à nouveau par un cyclone. Je crois que la protection civile devrait être un axe de l’intervention de l’État [haïtien] au même titre que l’éducation et l’agriculture, a-t-elle dit. Il a une provision pour l’éducation et l’agriculture, mais pour la protection civile, il n’a rien. »

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