Les droits des femmes, à protéger plus que jamais

Catherine Girouard Collaboration spéciale
Au Ghana, des filles et des femmes trouvent dans les clubs d’autonomisation pour filles des lieux sécuritaires où échanger et se confier, développer leur leadership et apprendre à connaître leurs droits.
Photo: Andrea Gunraj Développement et paix Au Ghana, des filles et des femmes trouvent dans les clubs d’autonomisation pour filles des lieux sécuritaires où échanger et se confier, développer leur leadership et apprendre à connaître leurs droits.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles. » Tel est le cinquième des objectifs du développement durable de 2030. Une cible colossale, loin d’être atteinte, alors qu’une fille ou une femme dans le monde est victime de violence sexuelle ou physique toutes les 10 minutes. Sur le terrain, des organismes comme le Carrefour international, qui promeut les droits des femmes et des filles et leur autonomisation économique, constatent tous les jours la nécessité d’agir et les effets bénéfiques des efforts déployés.

« Nous avons toutes été victimes d’abus et de violence, quoique nous essayions de ne pas y penser […] Désormais, je suis plus confiante et plus sûre de moi. Je suis davantage au courant de mes droits et, dorénavant, personne ne peut prendre avantage sur moi. » Le témoignage de Nosisa, mentore d’un club d’autonomisation pour filles au Swaziland mis en place par le Carrefour international, en est un parmi tant d’autres qui démontrent l’impact positif de la lutte contre les inégalités. Dans ce pays voisin de l’Afrique du Sud, une fille sur trois est victime de sévices sexuels avant ses 18 ans, et les femmes font l’objet de 62 % des nouvelles infections au VIH.

Photo: Nancy Roc Carrefour international

« Les plus vulnérables dans le monde sont encore les femmes et les filles », fait valoir Carine Guidicelli, directrice générale du Carrefour international, actif dans huit pays d’Afrique et d’Amérique latine. Comme réponse aux inégalités, l’organisme y déploie des programmes de prévention de la violence, de formation au leadership, d’éducation aux droits et de développement économique. « Ces trois pôles d’action sont intrinsèquement liés pour que leurs impacts soient durables », affirme Mme Guidicelli.

Et ces actions portent leurs fruits. Au Swaziland et au Ghana, par exemple, des filles et des femmes comme Nosisa trouvent dans les clubs d’autonomisation pour filles des lieux sécuritaires ou échanger et se confier, développer leur leadership et apprendre à connaître leurs droits et les ressources disponibles en cas d’abus. Depuis la création de ces clubs au Swaziland, le nombre de dénonciations s’est multiplié par dix. Alors que 24 cas avaient été signalés en 2014, 272 victimes ont décidé de ne pas se taire en 2015.

« J’ai rencontré des jeunes filles de 12 ou 13 ans qui me parlaient de leurs droits mieux que mes filles de 20 et 22 ans peuvent en parler, raconte Mme Guidicelli en rigolant, qui a visité cinq pays où le Carrefour travaille depuis son entrée en fonction il y a huit mois. Les connaissances de ces jeunes filles ont un impact réel dans leur vie et celle de leur famille. Elles parlent de leurs droits et ressources à la radio, à leur maman et à leurs soeurs, qui deviennent des leaders elles-mêmes. »

La réussite et la persévérance scolaires s’en trouvent aussi améliorées et le nombre de grossesses chez les adolescentes diminue aussi. Au Ghana, alors que 750 000 filles entre 15 et 19 ans tombent enceintes chaque année et se voient obligées d’épouser leur agresseur, l’impact des clubs récemment implantés est déjà palpable : aucune adolescente n’est tombée enceinte au sein des six écoles où ils ont été mis en place, selon l’organisme.

La création de clubs pour les garçons est aussi prévue. « Ce sont les hommes qui sont souvent à l’origine des agressions sexuelles et de la violence, souligne Mme Guidicelli. Dans certains pays où on travaille, la violence est presque quelque chose de normal. Il faut détricoter ça et travailler avec les jeunes garçons, les sensibiliser et leur faire comprendre que c’est inacceptable de battre sa femme, sa mère ou sa soeur, leur apprendre leurs droits. »

On assiste à une déchéance des balises internationales qui nous permettent d’assurer le droit des personnes, c’est très inquiétant

En parallèle avec les clubs, le Carrefour a mis en place des programmes pour favoriser l’autonomie économique des femmes. Au Sénégal, par exemple, des femmes apprennent les techniques de l’agriculture écologique. « En plus d’augmenter leur sécurité alimentaire et de voir elles-mêmes les effets de leurs légumes de meilleure qualité et plus nutritifs sur leur famille, des femmes me disaient ne plus avoir besoin d’aller au marché pour vendre leurs produits, car les femmes viennent maintenant directement les acheter dans les jardins. »​

« L’autonomie financière des femmes amène aussi plus de paix dans les ménages, alors que les hommes ont souvent toute la responsabilité financière de leur famille nombreuse sur les épaules, a aussi constaté Carine Guidicelli, qui a vécu pendant cinq ans en Afrique. Quand les femmes rapportent un revenu à la maison, cet argent est directement injecté dans la santé et l’éducation des enfants. »

Recul inquiétant

« Il y a des choses très encourageantes qui se font et il faut poursuivre plus que jamais notre travail, alors qu’on connaît actuellement un recul en matière de protection des droits des femmes », se désole toutefois Mme Guidicelli. Elle parle entre autres de la montée de la droite dans plusieurs pays occidentaux, du décret signé par le nouveau président américain Donald Trump interdisant le financement d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement, des nombreux retraits de pays africains de la Cour pénale internationale… « On assiste à une déchéance des balises internationales qui nous permettent d’assurer le droit des personnes, c’est très inquiétant », se désole la directrice générale.

Refusant le défaitisme, Carine Guidicelli se dit par ailleurs rassurée par les réactions que ces changements ont suscitées, comme le gouvernement canadien qui s’est engagé à prioriser les droits des femmes et des filles dans sa politique de développement international, comme les Pays-Bas qui ont réagi en injectant 14 millions dans le fonds mondial pour l’avortement, ou encore comme les milliers de personnes qui ont récemment marché pour les droits des femmes dans plusieurs villes.

« J’étais à Ottawa pour la Marche des femmes contre Trump et j’ai été fouettée de voir autant de personnes dans les rues, dit-elle, enthousiaste. Je crois que ce mouvement n’est que le début d’une longue marche. On sent que les militants, mais aussi monsieur et madame Tout-le-monde, veulent dire non à ce qu’on nous propose. J’espère qu’on aura une voix assez forte pour dénoncer et rétablir les droits. »