L’importance de travailler avec les collectivités locales

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Le Sénégal est touché par les sécheresses au Sahel depuis de nombreuses années. L’aide humanitaire ne peut donc pas y rester que pour quelques mois.
Photo: Irina Fuhrmann / OXFAM / Agence France-Presse Le Sénégal est touché par les sécheresses au Sahel depuis de nombreuses années. L’aide humanitaire ne peut donc pas y rester que pour quelques mois.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération

Après une catastrophe, l’aide humanitaire intervient pour sauver des vies. Une fois l’urgence passée, l’aide au développement cherche à renforcer les capacités des institutions, organisations et collectivités locales pour qu’elles rebâtissent selon leur ordre du jour. En théorie, ces deux actions se distinguent. Mais en pratique, elles se chevauchent, se superposent, voire s’influencent. Quand et comment l’aide humanitaire doit-elle passer le relais à l’aide au développement ?

La question a été débattue lors d’une table ronde organisée dans le cadre de la sixième édition du Forum international, qui s’est tenue les 20 et 21 janvier 2017 à Montréal, sous l’égide d’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC) et du Centre d’étude et de coopération internationale (CECI).

« Les actions humanitaires sont des questions de contexte. Ce ne sont pas des prêts-à-porter », a lancé Oumar Diack, gestionnaire de projets de développement à la Fédération des associations du Fouta pour le développement (FAFD). Son pays, le Sénégal, est touché par les sécheresses au Sahel depuis de nombreuses années. « On ne peut pas dire que le projet humanitaire va arrêter après six mois ou dix mois. Cela dépend du contexte. »

Photo: Ted Aljibe Agence France-Presse Un jeune garçon saute dans une maison détruite par le typhon «Haiyan» aux Philippines.

Lorsque des crises perdurent et que l’aide humanitaire reste plus longtemps, il y a néanmoins un risque de dérapage, a souligné pour sa part François Audet, directeur scientifique de l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaires (OCCAH). « Dans le cas où la population est dans un état de grande vulnérabilité et dépend de l’aide humanitaire, il y a souvent une érosion des institutions locales. »

Au moment d’une catastrophe, « les gens ne se posent pas la question de savoir ce qui est du développement ou de l’action humanitaire. Ce qui est important pour eux, c’est de survivre », a rappelé Eugene Oredas, directeur général du Center for Emergency Aid and Rehabilitation (CONCERN), un organisme oeuvrant à la réduction des risques en cas de catastrophe aux Philippines. Ce qui n’empêche pas, à son avis, que l’aide « humanitaire et l’aide au développement peuvent marcher main dans la main ».

Son organisme travaille étroitement avec les collectivités locales, notamment à travers un projet de reconstruction économique pour les survivants du typhon Haiyan, qui a frappé son pays en 2013. Il n’a cessé de rappeler l’importance de consulter la population locale, notamment ses femmes et ses personnes marginalisées, afin de leur laisser déterminer les problèmes prioritaires et comment les régler.

Eugene Oredas a raconté qu’après le passage du typhon Haiyan, plusieurs ONG avaient fourni des bateaux de pêche. « Une collectivité avait beaucoup de bateaux de pêche, mais il n’y avait plus de poisson dans sa zone à cause du désastre. » Il a soutenu l’importance de prévoir des mécanismes de coordination entre les organisations humanitaires et les gouvernements, mais aussi au niveau des collectivités. « Les besoins sont dynamiques et parfois ils changent. » François Audet a ajouté que, sur cet enjeu, « on est encore à l’âge de pierre et chaque nouvelle catastrophe est un désastre de coordination. »