La ministre Bibeau attendra le prochain budget

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Le Canada ne prévoit pas de consacrer 0,7 % de son produit intérieur brut à l’aide au développement à brève échéance.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le Canada ne prévoit pas de consacrer 0,7 % de son produit intérieur brut à l’aide au développement à brève échéance.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération

La nouvelle politique du Canada en matière d’aide internationale aura-t-elle les moyens de ses ambitions ? Plusieurs commencent à en douter. Au Conseil canadien de la coopération internationale (CCCI), on affirme avoir entendu, de la part de multiples sources, qu’il fallait s’attendre à une hausse modeste du financement alloué à l’aide publique au développement.

Au Devoir, la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, confie que, contrairement à ce qui était annoncé, elle attendra peut-être le budget avant de dévoiler la politique. « Mon intention première était de parler de la politique, et du budget dans un deuxième temps, dit-elle. Mais […] je crois que je vais attendre le budget. Cela va nous permettre d’avoir une vue d’ensemble, puis de faire une annonce plus concrète de la politique. »

Elle réitère que le Canada ne prévoit pas de consacrer 0,7 % de son produit intérieur brut à l’aide au développement à brève échéance, tel que le fixe un objectif adopté en 1970 lors d’une assemblée générale des Nations unies. « Passer à 0,7 % demain matin, ce serait 10 milliards de plus. C’est certain que ce serait très ambitieux. On n’est pas dans ces chiffres. On est tous pour la vertu, mais ce ne serait pas réaliste de parler de ça à ce moment-ci. »

Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), sept pays ont consacré 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l’aide publique au développement en 2015, dont le Royaume-Uni, qui respecte cet engagement depuis trois ans. Le Canada, quant à lui, consacrait 0,28 % de son RNB en 2015, ce qui reste en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE, évaluée à 0,3 %. Le Canada a pourtant consacré plus de 0,4 % de son RNB à l’aide publique au développement entre 1970 et 1994, avant que le gouvernent Chrétien ne sabre les dépenses dans ce secteur.

Lors du budget 2016, le gouvernement Trudeau avait majoré l’enveloppe de l’aide internationale en y injectant 256 millions supplémentaires sur deux ans. Mais cette somme ne permettra pas de rattraper la moyenne actuelle de l’OCDE.


Un moment critique


« Si on a une nouvelle politique ambitieuse et qu’on n’a pas de moyens additionnels sur la table pour faire de cette politique une réalité, cela nous laisse avec un beau document, de belles volontés », commente Julia Sanchez, présidente du CCCI.

« Quand on se dit de retour sur la scène internationale, on doit avoir des orientations claires en matière de développement international et des moyens de concrétiser ces engagements. Cela ne peut pas être seulement une question d’image », dit Michèle Asselin, directrice de l’AQOCI.

L’ONG Global Canada, qui documente l’engagement du pays sur la scène internationale, a publié un rapport accablant en janvier dernier sur le financement alloué à l’aide au développement. « Si le Canada n’apporte pas sa contribution à ce moment-ci, cela va avoir une répercussion négative directe, mais cela va aussi encourager les autres pays à délaisser leurs obligations, s’inquiète Robert Greenhill, président de l’organisme. Il y a un grand risque que les États-Unis sabrent leur aide internationale. Et les pays européens, qui ont beaucoup plus contribué que nous depuis vingt ans, se retrouvent dans des contextes fiscaux plus difficiles. À ce moment critique, chaque sou du Canada sera important. »

En calculant les sommes de plusieurs programmes d’aide au développement en fonction du nombre de viesqu’on a pu sauver, Global Canada en est arrivé à estimer qu’un investissement de 8000 $ pouvait éviter un décès.

M. Greenhill a été président de l’Agence canadienne de développement international de 2005 à 2008. Selon lui, ce n’est pas en défense que le Canada doit réinvestir pour redevenir un leader sur la scène internationale. « L’endroit où l’on peut jouer un rôle essentiel, humanitaire et stratégique, c’est dans l’aide internationale. » Celui qui a travaillé pour le Forum économique mondial, de 2008 à 2014, ajoute que « le multilatéralisme, ce n’est pas juste d’être présent, c’est aussi de fournir notre part ».

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