La moitié des jeunes filles font face à un avenir incertain

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Une jeune Pakistanaise retourne chez elle après être allée puiser de l’eau.
Photo: Farooq Naeem Agence France-Presse Une jeune Pakistanaise retourne chez elle après être allée puiser de l’eau.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération

Un peu plus de la moitié des 60 millions de filles âgées de dix ans dans le monde vivent dans des pays affichant des niveaux élevés d’inégalités entre les sexes et risquent, de ce fait, d’être laissées pour compte, selon le rapport du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) sur l’état de la population mondiale 2016.

Le nombre de jeunes n’a jamais été aussi élevé dans l’histoire de l’humanité : 125 millions d’enfants sont aujourd’hui âgés de dix ans, et près de la moitié sont des filles. Toutefois, 30 millions d’entre elles font face à un avenir incertain. Selon le pays où elles sont nées, elles sont privées de scolarité, forcées de travailler ou de se marier ; elles vivent souvent dans une extrême pauvreté et n’ont pas leur mot à dire dans les décisions qui les concernent. Pour ces petites filles, l’avenir ne leur appartient pas.

Les Nations unies ne se contentent pas de faire le constat de cette situation qui pourrait sembler sans issue. Au contraire, au cours des 15 prochaines années, l’organisme espère inverser la vapeur avec son nouveau Programme de développement durable à l’horizon 2030 et ses 17 objectifs qui visent un développement équitable et inclusif ne laissant personne de côté. « À bien des égards, c’est à l’aune du parcours de vie d’une fille de dix ans que l’on saura véritablement si le Programme à l’horizon 2030 est une réussite… ou un échec », affirme le secrétaire général adjoint des Nations unies et directeur exécutif de l’UNFPA, le Dr Babatunde Osotimehin.

Il est donc impossible d’atteindre un développement durable viable sans miser sur l’amélioration de la qualité de vie des filles. Si les objectifs du Programme peuvent paraître ambitieux et parfois difficiles à atteindre, ils ne sont toutefois pas irréalisables puisque, selon le rapport, « la communauté internationale a déjà obtenu de bons résultats en faveur des garçons de dix ans, et ce, dans de nombreux domaines. Il est grand temps d’en faire autant pour les filles ».

Un obstacle majeur

Il ne faut pas croire que tous les efforts doivent être déployés dans les pays où l’avenir des filles est en danger. Il est impératif que, dans les groupes de population plus aisés où les filles sont susceptibles de prendre un jour des décisions en matière d’achat, elles possèdent les connaissances nécessaires pour adopter des pratiques pour une consommation et une production plus responsables, de manière à protéger la planète et à en partager équitablement les richesses. Mais pour y parvenir, on doit susciter la prise de conscience et c’est le mandat que s’est donné l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) lors de cette Semaine du développement international.

Toutefois, un obstacle majeur se dresse sur la route vers un avenir équitable pour les filles : le manque d’informations à leur sujet. L’explication serait justement leur âge. Comme elles ne sont plus de très jeunes enfants et pas encore des adolescentes, elles échappent aux collecteurs de données nationales et internationales. C’est ce manque d’informations qui a attiré l’attention de Marie Brodeur-Gélinas : « On a été interpellés par ce phénomène parce qu’il y a de nombreux partenaires et membres de l’AQOCI qui travaillent notamment avec des enfants de cet âge-là », souligne la chargée de programmes à l’AQOCI. Afin de bien illustrer la réalité, lors des activités de sensibilisation de la Semaine du développement international, « on a choisi de cerner le processus du passage de l’enfance à l’adolescence », ajoute-t-elle.

Il y a une Semaine du développement international dans chacune des provinces canadiennes puisqu’elle est chapeautée par le ministère des Affaires mondiales Canada : « Les consignes que nous avions reçues du ministère étaient de porter une attention particulière aux jeunes et à l’innovation et aux objectifs de développement durable. On s’est dit qu’on ne pouvait pas laisser passer un rapport de cette ampleur et de cette qualité. C’est donc à partir de ce dernier qu’on a bâti une semaine d’éducation à la solidarité internationale au Québec. »

Comme lors des deux premières éditions de l’événement, cette année encore l’AQOCI a recours à la bande dessinée comme outil de présentation. C’est la bédéiste Mélanie Baillairgé qui signe Toutes les mêmes chances, 16 portraits de jeunes filles qui représentent les divers enjeux liés au thème «Pour que toutes les filles du monde réalisent leur plein potentiel». « On voulait un outil ludique, qui interpelle les gens et qui leur permet de s’identifier à des itinéraires de vie », rappelle Marie Brodeur-Gélinas.

C’est en novembre dernier qu’elle contacte tous les membres de l’AQOCI afin qu’ils demandent à leurs partenaires terrain de faire parvenir le portrait de la réalité d’une jeune fille âgée de 9 à 14 ans. L’organisme reçoit alors 16 portraits provenant de 10 pays différents. Pendant deux semaines, la bédéiste lit, se documente et scénarise la bande dessinée. On y voit un petit personnage québécois s’envoler avec un petit insecte magique et partir à la rencontre de filles de 9 à 14 ans sur trois continents.

Outil de sensibilisation

« Ces portraits disparates posaient certains défis. Toutefois, on n’a pas tenté de créer de fausses situations afin de donner de la crédibilité au rapport. Il y a une petite fille qui rêve de devenir religieuse, une autre a dû cesser l’école pour le travail aux champs et une autre encore [de la République dominicaine] qui, comme toutes ses amies, rêve d’épouser un touriste ! »

Cette bande dessinée sert d’outil de sensibilisation et sera utilisée dans les écoles auprès des 9 à 14 ans, du troisième cycle primaire au premier cycle secondaire par les organismes membres de l’AQOCI qui ont des partenariats avec les écoles québécoises : « Évidemment, c’est une introduction au sujet qui s’accompagne d’une fiche pédagogique permettant aux enseignants et aux animateurs des organismes de questionner et de sensibiliser les enfants. Cette activité se déroulera de Rimouski à Alma en passant par Saint-Jérôme ! »

Le jeudi 9 février sera jour de conférence publique. On y entendra Annie Grégoire-Gauthier, coauteure de l’avis L’égalité entre les sexes en milieu scolaire du Conseil du statut de la femme du Québec, « ainsi qu’une directrice régionale des Nations unies du UNFPA, et on en est très émus », ajoute Marie Brodeur-Gélinas. Alanna Armitage a participé à la rédaction du rapport, cette Canadienne est la directrice régionale pour l’Asie centrale et l’Europe de l’Est.

Si le sort des petites filles de dix ans ne se règle pas du jour au lendemain, c’est avec des événements comme la Semaine du développement international qu’on réussira à tout le moins à l’améliorer.

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