Les superpuissances nucléaires veulent se renforcer

L’arsenal américain comprend 7000 ogives nucléaires. Les Russes en comptent 7290.
Photo: Associated Press L’arsenal américain comprend 7000 ogives nucléaires. Les Russes en comptent 7290.

Vladimir Poutine et Donald Trump plaident pour la relance de l’armement nucléaire. Le président russe a indiqué jeudi qu’il souhaite un renforcement de la force de frappe nucléaire de la Russie, en plus d’une modernisation de l’armement et des contrôles aux frontières. De l’autre côté de l’Atlantique, le président désigné Donald Trump a appelé pour sa part l’Amérique « à renforcer considérablement et à développer sa capacité nucléaire ». Une nouvelle guerre froide en est-elle à chauffer ?

La fin de l’Union soviétique en 1991 a soustrait au radar du quotidien ce conflit larvé connu sous le nom de « guerre froide ». La menace nucléaire n’a cependant jamais disparu, malgré des traités internationaux voués à la contrôler. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), l’arsenal américain se compose aujourd’hui de 7000 ogives nucléaires. Les Russes comptent pour leur part 7290 de ces armes de destruction massive. À titre comparatif, la France possède 300 têtes nucléaires et l’Inde, une centaine.

Puissance

« Aujourd’hui, nous sommes plus puissants que n’importe quel agresseur potentiel. N’importe lequel », a lancé Vladimir Poutine jeudi devant des centaines de généraux et officiers des armées réunis pour l’entendre au sortir d’une année marquée par le conflit syrien et des tensions accrues avec les États-Unis. Le maître du Kremlin s’exprimait au terme d’une année où il s’est indéniablement rendu maître du jeu dans le conflit syrien à la faveur de l’intervention massive de son aviation.

Ces orientations décidées par Vladimir Poutine interviennent quelques semaines avant le départ de Barack Obama de la Maison-Blanche avec qui, de l’aveu du Kremlin, le dialogue est « gelé ». Les Russes attendent désormais l’investiture le 20 janvier de Donald Trump pour relancer de nouveaux rapports avec les États-Unis, sur fond de crise en Ukraine et de guerre en Syrie.

Virage

Un virage se dessine pourtant d’ores et déjà très nettement. Pour Donald Trump, un nouvel élan en faveur de l’armement nucléaire est nécessaire afin que le monde « reprenne ses esprits » sur cette question. C’est ce qu’il a indiqué jeudi sur Twitter, comme à son habitude.

Pour son vis-à-vis russe, « il faut renforcer le potentiel militaire des forces nucléaires stratégiques, avant tout à l’aide de systèmes de missiles capables de garantir le franchissement des systèmes de défense antimissile existants ou à venir ».

Il n’est pas nouveau que le Kremlin réagisse par un discours offensif au déploiement en Roumanie et en Pologne d’éléments du bouclier antimissiles conçus par le Pentagone. Moscou dénonce cette activité comme étant dirigée contre sa capacité de dissuasion nucléaire. Washington explique agir de la sorte pour rassurer les pays baltes et d’autres pays d’Europe de l’Est, très inquiets des intentions de Moscou depuis l’annexion de la Crimée en 2014. Washington plaide aussi qu’elle protège de la sorte l’Europe d’une éventuelle menace iranienne.

En réponse au projet américain d’installation d’armes lourdes en Europe de l’Est, Vladimir Poutine avait déjà annoncé en juin 2015 le déploiement de plus de 40 nouveaux missiles balistiques intercontinentaux. Ces missiles, disait-il, étaient à même de « percer les systèmes de défense antiaérienne les plus sophistiqués ».

Fin juin 2016, le président russe avait aussi accusé l’OTAN de vouloir entraîner son pays dans une course aux armements « frénétique » et de rompre « l’équilibre militaire » en vigueur en Europe depuis la chute de l’URSS et la fin de la guerre froide.

Dès fin 2014, la nouvelle doctrine militaire de la Russie, dont les dépenses militaires atteignent désormais 21 % de son budget total mais restent largement inférieures aux dépenses américaines, désignait l’expansion de l’OTAN comme une menace fondamentale pour la sécurité du pays.

Modernisation

Le pays s’est lancé ces dernières années dans une coûteuse modernisation de toutes ses forces armées et a déployé des troupes supplémentaires sur le « flanc » ouest de la Russie, en face des installations militaires européennes de l’OTAN.

L’élan amorcé en faveur de la modernisation de la force nucléaire russe serait déjà réalisé à 60 %, selon le président Poutine. Cette force comprend des bombardiers stratégiques, des missiles balistiques intercontinentaux et des sous-marins nucléaires. Pour le président russe, il est important de ne pas faiblir dans cet élan en faveur de l’armement afin de conserver ce qu’il juge être la supériorité de ses forces armées : « Si on ne s’offre rien qu’un seul moment de répit […] la situation peut vite changer. »

Vladimir Poutine et Donald Trump appellent à développer davantage leur arsenal nucléaire.

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