La RDC sous haute tension

Des manifestants congolais opposés à Joseph Kabila se sont rassemblés devant l’ambassade de la RDC à Pretoria, en Afrique du Sud, mardi, avant d’être dispersés par la police.
Photo: John Wessels AGence France-Presse Des manifestants congolais opposés à Joseph Kabila se sont rassemblés devant l’ambassade de la RDC à Pretoria, en Afrique du Sud, mardi, avant d’être dispersés par la police.

Le mandat présidentiel de Joseph Kabila a pris fin lundi, 19 décembre, à minuit. Du moins, officiellement. Car il est toujours aux commandes de la République démocratique du Congo (RDC) et vient même de former un nouveau gouvernement. Des violences ont éclaté mardi dans certains coins du pays. Pourquoi reporter les élections ? Que fait l’opposition ? Réponses de Moda Dieng, professeur adjoint à l’École d’études de conflits de l’Université Saint-Paul, à Ottawa.

La Constitution interdit à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat, mais il a refusé d’organiser des élections en 2016. C’est, en principe, reporté en 2018. Pourquoi ?

Au départ, le camp présidentiel avait envisagé de supprimer la limitation du nombre de mandats, ce qu’interdit pourtant l’article 220 de la Constitution, selon lequel « le nombre et la durée des mandats du président de la République ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ». Bien des Congolais avaient contesté en scandant « Touche pas à mon 220 ». Le projet a été enterré après que des manifestations au Burkina Faso ont chassé du pouvoir Blaise Compaoré, alors en piste pour modifier la Constitution afin de se représenter.

Le camp présidentiel semble à présent trouver sa solution dans l’article 70 de la Constitution, qui dit qu’« à la fin de son mandat, le président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau président élu ». Mais pour l’opposition, Joseph Kabila doit quitter son poste. Depuis le lundi 19 décembre, minuit, il n’est plus président.

Ce qui est sûr, c’est que M. Kabila veut continuer de bénéficier des avantages du pouvoir, pour lui et pour ses familles politique et biologique. La majorité présidentielle le soutient. Sa famille biologique, elle, est assise, selon l’agence Bloomberg, sur un empire économique avec des parts dans pas moins de 70 compagnies et 120 permis d’exploitation de ressources naturelles (or, diamant, cuivre, etc.), ce qui génère des centaines de millions de dollars. Ces acteurs ont tout à perdre d’un changement de majorité au pouvoir.

Dans quel état se trouve l’opposition ? Pourrait-elle remporter une présidentielle ?

La RDC n’a jamais connu d’alternance démocratique. En 2011, l’opposition a perdu les élections, mais avec une forte présomption de fraude du côté du régime. Joseph Kabila avait obtenu 48 % des voix, contre 32 % pour l’opposant historique, Étienne Tshisekedi.

Aujourd’hui, difficile d’évaluer la force de l’opposition. Au regard des résultats de 2011, M. Tshisekedi serait le candidat le mieux placé. Mais les yeux se tournent davantage vers Moïse Katumbi, un riche homme d’affaires candidat au prochain scrutin. Un sondage réalisé entre mai et septembre dernier lui donne 33 % des intentions de vote, contre 18 % pour M. Tshisekedi et 7 % seulement pour M. Kabila.

Une forte coalition de l’opposition pourrait donc faire l’affaire. D’ailleurs, en 2015, Moïse Katumbi a été désigné candidat par le G7, une coalition de sept partis. Reste à voir si ça tiendra.

 

Des négociations ont été lancées entre le pouvoir et l’opposition. Qu’en est-il advenu ?

Plusieurs protagonistes se sont illustrés durant la crise : la majorité présidentielle, l’opposition réunie autour de Vital Kamerhe et l’opposition dite radicale du Rassemblement des forces politiques et sociales du changement dirigée par le duo Étienne Tshisekedi-Moïse Katumbi.

Plusieurs acteurs ont tenté une médiation entre ceux-là, principalement l’Union africaine et la Conférence épiscopale nationale du Congo.

L’opposition de Vital Kamerhe est tombée d’accord avec la majorité présidentielle sur une gestion consensuelle du pouvoir et le report des élections en 2018. Mais pour l’opposition radicale, le facilitateur de l’UA, Edem Kodjo, a été jugé trop proche du président Kabila. Elle a posé comme préalable au dialogue que soit dissoute la Commission électorale, qui n’a réussi ni à organiser des élections ni à forcer le départ de M. Kabila. Elle demande aussi un régime spécial de gestion du pouvoir qui exclut ce dernier.

C’est dans ce contexte que la Conférence épiscopale a mené des négociations inclusives en vue d’un accord sur un régime de transition. [Suspendues samedi, elles devaient normalement reprendre ce mercredi.]

Lorsque l’on compare la situation actuelle avec les transitions précédentes, peut-on croire que la prochaine a plus de chances d’être paisible ?

La RDC a un problème avec la transition. Celle enclenchée au début des années 1990 a débouché sur une guerre civile. Une autre entamée après l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir en 1997 a donné lieu à un long conflit armé. C’est d’ailleurs dans ce contexte que M. Kabila a été assassiné en 2001, puis remplacé par son fils, Joseph.

L’Accord global et inclusif issu du dialogue intercongolais en 2002 avait ouvert la porte à une autre transition clôturée par les élections de 2006, la plus importante opération électorale du pays. Elle a confirmé Joseph Kabila au pouvoir.

Cinq ans plus tard, le pays a organisé son premier scrutin post-transition. Au lieu d’être facteur de consolidation démocratique, il a débouché sur une crise postélectorale. Les principaux observateurs, dont le Centre Carter, l’UE et l’Église catholique congolaise, avaient tous conclu au manque de crédibilité des résultats.

Aujourd’hui, l’idéal serait que Joseph Kabila quitte son poste, ou au moins organise, le plus rapidement possible, des élections libres auxquelles il ne participerait pas. C’est la seule option pour que règne une stabilité politique, nécessaire à une transition paisible.