Kinshasa dans l’expectative après la suspension des négociations

La RDC traverse une crise politique profonde depuis la réélection de Joseph Kabila en novembre 2011 lors d’un scrutin marqué par des fraudes massives.
Photo: Eduardo Soteras Agence France-Presse La RDC traverse une crise politique profonde depuis la réélection de Joseph Kabila en novembre 2011 lors d’un scrutin marqué par des fraudes massives.

Kinshasa a passé un dimanche calme, dans l’expectative et sous forte surveillance policière et militaire, après la suspension des pourparlers pour sortir de la crise politique en République démocratique du Congo, où le président Kabila achève son mandat mardi sans que son successeur ait été élu.

Toute la journée, les forces de l’ordre ont été déployées en très grand nombre dans cette mégapole de 10 millions d’habitants, selon des journalistes de l’AFP et des témoins.

« On attend de voir ce qui va se passer », a confié Alphonse, contremaître dans une société de nettoyage.

« Ce n’est pas comme d’habitude, on est vraiment inquiet », a expliqué à l’AFP Atine Butela, 25 ans, qui tient un salon de coiffure. « Chacun essaie de faire des provisions parce qu’on ne sait pas ce qui va se passer […]. Si la tendance était bonne, on sentirait un apaisement au niveau de nos cités, mais malheureusement ce n’est pas le cas. »

La RDC traverse une crise politique profonde depuis la réélection de Joseph Kabila en novembre 2011 lors d’un scrutin marqué par des fraudes massives. Le report sine die de la présidentielle qui devait se tenir cette année a exacerbé les tensions. Âgé de 45 ans, M. Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter.

Samedi soir, les évêques catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) ont annoncé la suspension de leur médiation en vue d’un accord sur une transition politique jusqu’à l’élection d’un successeur à M. Kabila, qui entend entre-temps se maintenir au pouvoir

Ces discussions de la dernière chance n’ont enregistré aucun progrès sur les points qui divisent le plus les deux délégations en présence : d’un côté la majorité et une frange minoritaire de l’opposition qui se sont entendues en octobre sur un partage du pouvoir, de l’autre une coalition autour de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, qui rejette cet accord et exige la tenue de la présidentielle en 2017 et l’assurance que M. Kabila ne cherchera pas à briguer un nouveau mandat.

Appelés à Rome pour une visite au pape prévue de longue date, les évêques ont annoncé une reprise des négociations mercredi, après leur retour.

Le « Rassemblement » de l’opposition avait menacé de jeter la population dans les rues dès le 19 décembre en cas d’échec des négociations pour forcer M. Kabila à quitter le pouvoir. Il n’a cependant lancé aucun mot d’ordre public en ce sens après la suspension des discussions. Des tracts circulent néanmoins en ville rappelant que le mandat de M. Kabila « est fini » mardi et exhortant à reprendre la capitale congolaise « rue par rue ».

Avant l’ouverture des négociations, les évêques avaient dit craindre que le pays ne sombre dans « une situation incontrôlable » faute d’accord.

La communauté internationale a formulé les mêmes inquiétudes et fait pression sur les deux parties.

L’Union européenne a appelé « au sens des responsabilités de tous afin d’atteindre un accord qui reste à portée de main ». De son côté, la Mission de l’ONU au Congo (MONUSCO) a lancé « un appel au calme et à la retenue », estimant que « les acteurs politiques congolais [avaient] la responsabilité historique de parvenir à un consensus négocié sur la tenue des élections ».

Depuis 2011, des centaines de personnes ont été tuées dans des violences à caractère politique au Congo. Les dernières en date ont fait une cinquantaine de morts à Kinshasa en septembre.