Washington renoncera aux mines les plus dangereuses... après 2010

Washington — Les États-Unis se sont engagés hier à ne plus utiliser de mines, antipersonnel et anti-véhicules, à durée de vie illimitée après 2010, une décision dénoncée comme une régression par rapport à la politique antérieure par les partisans d'un abandon complet de ces armes particulièrement meurtrières pour les civils.

Cette politique vise à centrer l'action américaine sur l'élimination des mines à durée de vie indéterminée, qui peuvent exploser des années après avoir été enfouies, pour ne conserver à terme que des engins s'autodétruisant ou se désactivant d'eux-mêmes («mines intelligentes»), moins dangereux pour les civils, a indiqué le département d'État.

Washington n'a toutefois toujours pas l'intention de signer la convention d'Ottawa, le traité international interdisant les mines antipersonnel adopté par près de 140 pays. «Les États-Unis ne vont pas se joindre à la convention d'Ottawa parce que ses termes impliqueraient que nous renoncions à un outil militaire nécessaire», a indiqué le département d'État dans un communiqué.

Les États-Unis se sont engagés par contre à abandonner d'ici un an les mines indétectables, non métalliques ou à faible teneur en métal, qu'elles soient antipersonnel ou anti-véhicules. Washington va également augmenter de 50 % les fonds qu'il consacre aux actions de déminage à travers le monde, pour les porter à 70 millions de dollars par an, a indiqué le secrétaire d'État adjoint chargé des affaires politico-militaires, Lincoln Bloomfield.

Les États-Unis souhaitent également la mise au point d'un accord international interdisant les ventes ou exportations de mines non équipées d'un dispositif d'autodestruction. Washington estime que cette nouvelle approche, que les responsables américains souhaiteraient voir adoptée par d'autres pays, «réduit de manière importante le danger posé aux civils par les mines non explosées — antipersonnel et anti-véhicules — abandonnées après les conflits militaires».

L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch a toutefois affirmé que cette nouvelle approche, fruit de deux ans et demi de réflexions aux sein de l'administration de George W. Bush, constituait une régression. «Depuis 1998, la politique officielle des États-Unis était d'abandonner l'usage de tout type de mines antipersonnel et de se joindre au traité d'interdiction en 2006 si des alternatives aux mines terrestres étaient trouvées», a déclaré Stephen Goose, chargé de ce dossier au sein de HRW.

«Ce n'est pas simplement un grand pas en arrière, c'est une volte-face», a-t-il ajouté dans un communiqué. «Les soi-disant "mines intelligentes" ne sont pas des "mines sûres"» a-t-il souligné, en estimant que les États-Unis étaient le seul pays à estimer que cette technologie permettait de régler le problème mondial des mines abandonnées. Les mines antipersonnel sont présentes dans 82 pays du monde où elles continuent de blesser ou tuer entre 15 et 20 000 personnes par an, selon des chiffres de la Campagne internationale pour interdire les mines terrestres (International Campaign to Ban Landmines).