Blair est accusé d'avoir fait espionner Kofi Annan

Un secrétaire général à l’écoute... ou sur écoute?
Photo: Agence Reuters Un secrétaire général à l’écoute... ou sur écoute?

Londres — L'ex-ministre du Développement international Clare Short a provoqué hier un formidable scandale des deux côtés de l'Atlantique en affirmant que des agents britanniques avaient espionné le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, avant la guerre en Irak.

Au cours d'une conférence de presse, le premier ministre Tony Blair, visiblement très contrarié, a qualifié de «profondément irresponsables» les allégations de Clare Short. La Grande-Bretagne, a-t-il assuré, «agit toujours en accord avec les lois nationales et internationales».

À l'ONU, les propos de Mme Short ont fait sensation. M. Annan serait «déçu» si ces affirmations sont avérées, a indiqué hier son porte-parole, Fred Eckhard, soulignant l'illégalité de tels actes. «De telles activités ébranleraient l'intégrité et la nature confidentielle des échanges diplomati-ques», a-t-il précisé, ajoutant que «le secrétaire général souhaiterait que cette pratique cesse si elle existe effectivement». «Nous baissons le drapeau rouge et nous disons que, si cela est vrai, arrêtez», a ajouté M. Eckhard, réaffirmant, textes internationaux à l'appui, le «principe de l'inviolabilité» du complexe new-yorkais de l'ONU, considéré comme territoire international.

Ni confirmé, ni démenti

En Grande-Bretagne, les propos de Mme Short, 58 ans, ont fait l'effet d'une bombe dans le monde politico-médiatique en raison de leurs implications potentiellement désastreuses pour Tony Blair. De fait, l'affaire tombe très mal pour M. Blair, qui tente de se réconcilier avec une opinion publique plutôt hostile à la guerre en mettant l'accent sur des thèmes de politique intérieure.

«J'ai un immense respect pour Kofi Annan, a dit M. Blair. C'est aussi un ami personnel et quelqu'un pour qui j'ai le plus profond respect politique. Nous travaillons extrêmement bien avec les Nations unies.»

«Nos services secrets existent pour une raison, qui est de protéger la Grande-Bretagne, a-t-il poursuivi, tout en se gardant bien de confirmer. Et à une époque de terrorisme mondial, lorsque nous savons qu'il existe des États extrêmement dangereux et répressifs qui développent des armes pouvant caus d'énormes dommages à la stabilité du monde, leur travail est plus nécessaire que jamais.»

Interviewée dans le cadre de l'émission Today de BBC Radio 4, Clare Short n'avait pas mâché ses mots. «Ces choses ont lieu et, dans le cas du bureau de Kofi [Annan], ç'a été fait pendant quelque temps», a-t-elle déclaré en réponse à une question sur l'espionnage à l'ONU.

Interrogée spécifiquement sur une participation britannique à ce type d'activités, Clare Short a répondu: «Eh bien, je le sais. J'ai vu des transcriptions de conversations de Kofi Annan.» «En fait, a-t-elle poursuivi, j'ai eu des conversations avec Kofi Annan avant la guerre et je me suis dit: mon Dieu, il y aura des transcriptions [de ces discussions] et les gens vont voir ce que nous avons dit l'un et l'autre.» «En d'autres termes, a insisté le journaliste de la BBC, des espions britanniques ont reçu pour instructions d'effectuer des opérations au sein des Nations unies sur des gens comme Kofi Annan?» «Oui, tout à fait», a-t-elle répondu.

Mme Short avait démissionné en mai 2003 du gouvernement pour protester contre l'intervention américano-britannique en Irak lancée sans le feu vert de l'ONU.

Tony Blair «peut affirmer que je ne dis pas la vérité, auquel cas c'est un menteur, ou il peut dire que tout cela est vrai, mais ce serait tout simplement trop énorme», a-t-elle indiqué en début de soirée sur la chaîne Channel Four. «Il peut aussi s'en prendre à moi, et c'est ce qu'il a choisi de faire, a-t-elle ajouté. Pour ma part, je n'ai rien à perdre.»

Clare Short intervenait au lendemain de l'abandon par la justice britannique des poursuites contre Katharine Gun, une employée des services de renseignement suspectée d'avoir divulgué un mémorandum secret américain sur la mise sur écoute de délégués du Conseil de sécurité de l'ONU avant la guerre en Irak. Katharine Gun avait été inculpée dans le cadre de la Loi sur les secrets officiels. Hier après-midi, Downing Street a annoncé que cette loi allait désormais être réexaminée.

Le porte-parole de M. Annan a relevé la difficulté à déterminer la réalité ou non de ces écoutes passées. Mais il a indiqué que les efforts contre ces pratiques seraient accrus.