Les Américains pourront faire des affaires au pays de Kadhafi

Washington — Les États-Unis ont entamé hier le dégel de leurs relations avec la Libye pour la récompenser d'avoir révélé son programme de développement d'armes de destruction massive et s'être engagée à l'abandonner.

Tripoli va être autorisé à ouvrir une section d'intérêts diplomatiques aux États-Unis et les entreprises américaines qui avaient déjà des activités dans ce pays avant l'instaurations des sanctions américaines, en 1981, vont pouvoir négocier les termes de leur réactivation.

L'interdiction faite aux ressortissants américains de se rendre en Libye va être levée et ceux-ci seront désormais autorisés à dépenser de l'argent dans ce pays. Washington et Tripoli vont également développer leur coopération dans le domaine humanitaire.

Ces mesures étaient attendues après l'engagement, le 19 décembre dernier, du dirigeant libyen Muammar Kadhafi à révéler son programme de développement d'armes de destruction massive (ADM) et à le démanteler sous le contrôle des Américains, des Britanniques et de la communauté internationale.

Dans un communiqué, la Maison-Blanche a également souligné que «les révélations de la Libye ont [...] permis de mettre au jour un réseau international lié à la prolifération qui vise à contourner les accords de non-prolifération, sans souci pour les conséquences. Les efforts des États-Unis et de la Libye depuis le 19 décembre ont rendu notre pays plus sûr et contribué à la paix dans le monde», ajoute la présidence américaine.

Attendue depuis plusieurs jours, l'annonce américaine avait été retardée par des déclarations du premier ministre libyen Choukri Ghanem selon lesquelles Tripoli n'avait accepté d'indemniser les familles des 270 victimes de l'attentat contre un avion américain en 1988 que pour «acheter la paix» avec les pays occidentaux.

La Libye avait accepté sa responsabilité pour la destruction de ce Boeing de la Pan Am au-dessus de Lockerbie dans un texte envoyé en août 2003 au Conseil de sécurité de l'ONU. Celui-ci avait levé le mois suivant les sanctions internationales contre Tripoli mais Washington avait maintenu les siennes.

Tripoli est revenu mercredi sur les déclarations de M. Ghanem et réaffirmé sa responsabilité dans l'attentat pour lequel un ex-agent des renseignements libyens avait été condamné à perpétuité par un tribunal britannique en 2001 avant de voir sa peine réduite en novembre 2003.

Washington maintient pour l'instant la Libye sur sa liste des États soutenant le terrorisme international. Les sanctions économiques restent d'application et les relations diplomatiques proprement dites restent gelées même si les États-Unis ont annoncé hier une augmentation de leurs effectifs de leur section d'intérêts en Libye.

3300 bombes détruites

Par ailleurs, la Libye va commencer à détruire aujourd'hui plus 3300 bombes inopérantes initialement destinées à être dotées d'armes chimiques, a annoncé hier l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) depuis son siège de La Haye. Des experts de l'OIAC surveilleront ces opérations de destruction qui doivent se terminer le 5 mars, précise l'OIAC dans un communiqué.

La Libye a décidé le 6 janvier dernier d'adhérer à la Convention pour l'interdiction des armes chimiques, texte fondateur de l'OIAC, après avoir annoncé le 19 décembre sa décision de renoncer à son programme de développement d'armes de destruction massive.