La Ligue arabe et l'OCI dénoncent le «mur» devant la cour de La Haye

La Haye — La Ligue arabe et l'Organisation de la conférence islamique, qui représentent des dizaines de pays musulmans, ont soutenu hier à la Cour internationale de justice (CIJ) la campagne palestinienne contre le «mur» en cours de construction par Israël.

«Tout cela n'est-il pas la même chose que le mur de Berlin, qualifié à l'époque de "mur de la honte"?», a demandé devant le tribunal l'avocat de la Ligue arabe, Michael Bothe.

«Le mur a de graves conséquences sur les conditions de vie dans les territoires palestiniens occupés. Il entraîne des migrations, le déplacement d'importantes parties de la population palestinienne et la consolidation de colonies israéliennes illégales», a-t-il ajouté au troisième et dernier jour d'audience de la CIJ sur la question.

Israël affirme que la construction de cette «clôture de sécurité» autour de la Cisjordanie se justifie par la nécessité de protéger les Israéliens des kamikazes palestiniens.

De leur côté, les Palestiniens accusent les Israéliens d'annexer des territoires qui, selon eux, appartiennent au futur État palestinien.

Mais «avec ce mur, il n'y a plus de Palestine viable, donc de paix possible entre les deux États», a déclaré Monique Chemillier-Gendreau, juriste de l'OCI, qui regroupe 57 États. À eux deux, OCI et Ligue arabe représentent 20 % de la population mondiale.

De source israélienne, on affirme que le gouvernement envisage de réduire de 80 kilomètres la longueur de ce «mur» pour la ramener à 640 kilomètres. Le but de cette opération serait d'obtenir le soutien des États-Unis pour le plan de désengagement élaboré par le premier ministre israélien Ariel Sharon. À ce stade, 180 kilomètres ont été construits.

Les 15 juges de la CIJ devraient rendre dans les prochains mois un avis non contraignant sur la légalité de l'édifice israélien. Ce jugement pourrait toutefois influencer l'opinion publique mondiale et les Palestiniens espèrent qu'il ouvrira la voie à des sanctions internationales contre Israël.

Les Israéliens ont décidé de boycotter les audiences de la CIJ. S'ils condamnent également le principe de la construction d'un «mur», États-Unis et Union européenne ont également refusé d'assister aux audiences en disant craindre que l'avis de la CIJ ne complique les efforts de paix.

Par ailleurs, un haut responsable sécuritaire israélien a annoncé hier la saisie de plusieurs millions de dollars destinés, selon lui, à «alimenter des actions terroristes» lors d'un raid de la police et de l'armée dans des établissements bancaires de Ramallah, en Cisjordanie occupée. «Nous avons saisi entre sept et neuf millions de dollars en espèces, pris dans 400 comptes de personnes privées, de familles ou d'institutions», a déclaré ce responsable, qui a requis l'anonymat, lors d'une conférence de presse à Tel-Aviv.

Selon lui, ces sommes servaient à acheter des armes et des explosifs ou à payer des auteurs d'attentats après des opérations, voire leurs familles s'ils étaient tués.

Le premier ministre palestinien Ahmad Qoreï a vivement dénoncé l'opération, déclarant aux journalistes qu'il «s'agit ni plus ni moins d'un acte mafieux».

De son côté, le ministre israélien de la Défense, Shaoul Mofaz, a promis, dans un communiqué, que les sommes confisquées seraient «allouées à des actions humanitaires» en faveur des Palestiniens.

Selon le responsable sécuritaire israélien, l'argent provenait notamment de l'Iran et du Hezbollah chiite libanais. Les militaires israéliens ont fait irruption dans deux succursales de l'Arab Bank situées dans le centre de Ramallah et dans la localité jumelle d'el-Bireh, ainsi que dans deux autres succursales de l'International Palestinian Bank et de la Cairo-Amman Bank.