Le Parti pirate passera-t-il à l’abordage?

Birgitta Jonsdottir a fondé le Parti pirate en 2012. Elle dit ne pas avoir l’intention de renoncer à ses idéaux politiques même si la réalité du pouvoir se fait de plus en plus concrète.
Photo: Halldor Kolbeins Agence France-Presse Birgitta Jonsdottir a fondé le Parti pirate en 2012. Elle dit ne pas avoir l’intention de renoncer à ses idéaux politiques même si la réalité du pouvoir se fait de plus en plus concrète.

À quelques heures du vote du 29 octobre, le Parti pirate, formation rebelle formée il y a à peine quatre ans par une activiste de WikiLeaks, pourrait l’emporter aux élections législatives en Islande, où les derniers sondages placent tantôt le Piratar en avance, tantôt à égalité avec l’actuel parti au pouvoir.

L’appui croissant au Parti pirate est le résultat du ras-le-bol exprimé par les Islandais à la suite du scandale des Panama Papers qui a éclaboussé une partie de la classe politique islandaise et provoqué la démission en avril dernier du premier ministre Sigmundur Davíd Gunnlaugsson. Plus de 24 000 personnes étaient alors descendues dans la rue pour réclamer la tête du chef du Parti du progrès, associé à la corruption et au népotisme. Ces soubresauts avaient forcé le Parlement islandais à précipiter la tenue des présentes élections.

Même si la popularité du Parti pirate s’est un peu contractée depuis le sommet de près de 40 % d’appui atteint le printemps dernier, il obtiendrait toujours la faveur d’environ 20 à 25 % des électeurs, selon les sondages.

Pour Snaebjörn Brynjarsson, candidat du Parti pirate dans un comté du nord de Reykjavik, cette popularité témoigne de la colère des Islandais et de leur volonté de continuer le « nettoyage » amorcé dans les sphères politiques. « Le gouvernement est toujours le même. Malgré le départ du premier ministre, des ministres impliqués sont encore au pouvoir », affirme au Devoir ce jeune candidat, revenu de France pour briguer les élections dans son pays.

Pour cet aspirant député, il est quasi assuré que son parti prendra le pouvoir grâce à la coalition que négociera au lendemain des élections le Piratar avec le Parti vert, le Parti social-démocrate et Bright Future, un parti de centre. Si les sondages disent vrai, le Parti pirate, qui détient trois sièges à l’Althing, le Parlement islandais, pourrait arracher jusqu’à 15 sièges sur 63 et obtenir la majorité grâce à l’alliance conclue avec ses alliés politiques.

« Beaucoup de gens en Islande sont furieux de ce qui s’est passé. Même si l’appui dans les sondages a un peu baissé, une victoire est toujours possible. Certains électeurs pensent que nous allons trop loin, mais tout se jouera avec la participation des jeunes », affirme le jeune candidat.

En effet, le taux de participation des jeunes de 25 à 35 ans, qui comptent pour 40 % des partisans du Piratar, pourrait sceller le résultat des élections de samedi.

Repère de lanceurs d’alerte

Le Parti pirate, fondé en 2012 par Birgitta Jonsdottir — poète et activiste de WikiLeaks qui s’est fait connaître en dévoilant une vidéo censurée d’une attaque aérienne de l’armée américaine contre deux journalistes de Reuters —, dit ne pas avoir l’intention de renoncer à ses idéaux politiques même si la réalité du pouvoir se fait de plus en plus concrète.

Selon Brynjarsson, le Parti pirate prône toujours la transparence totale de l’État, la démocratie directe, l’abolition de la censure, la protection des droits des citoyens et la protection des lanceurs d’alerte sur le Web en cette ère du numérique. La formation politique, dont l’âge moyen des candidats est de 33 ans (contre 50 ans pour les autres partis), entend d’ailleurs faire de l’Islande un refuge pour les justiciers du Web et lanceurs d’alerte comme Julian Assange et Edward Snowden.

« Nous ne nous voyons pas comme un parti de gauche ou de droite, mais comme un parti prônant d’abord la démocratie directe. Si les citoyens veulent une hausse de taxes, nous ne pouvons nous y opposer. Les gens nous trouvent un peu inexpérimentés, c’est vrai. Mais au moins, ils nous trouvent honnêtes », avance Brynjarsson.

S’il est élu, le Parti pirate promet de mener à bien le travail de refonte de la Constitution et de favoriser les entreprises axées sur l’innovation. Acculée à la faillite lors de la crise de 2008, l’Islande vit un boom économique, mais son développement reste intimement lié au tourisme et à l’industrie de la pêche. « Il faut générer de nouveaux emplois pour arrêter l’exode des cerveaux. Le tourisme, c’est bien, affirme Brynjarsson, mais notre but n’est pas que tous les Islandais se retrouvent à faire du ménage dans un Airbnb. »

1 commentaire
  • Hélène Gervais - Abonnée 28 octobre 2016 07 h 40

    C'est très intéressant ....

    je leur souhaite une bonne majorité et c'est à suivre. Je me demande pourquoi en Amérique nous n'avons pas ce genre d'entente avec les partis qui nous ressemblent. Je pense au PQ et à QS comme de raison. En Europe, en Allemagne pour ne pas le nommer, il y a très longtemps qu'Angela Merkel gère le pays en partenariat avec d'autres partis.