Le travail des journalistes est de plus en plus risqué

La tension ne cesse de monter à Port-au-Prince, si bien que les «chimères», ces activistes armés du parti au pouvoir Lavalas, se font de plus en plus nerveux et n'hésitent plus à se montrer agressifs envers la presse étrangère. Depuis la capitale hier, une équipe de Radio-Canada a même affirmé avoir été menacée à la pointe du fusil par des milices fidèles à Aristide.

Les incidents se sont produits il y a deux jours dans la banlieue nord de Port-au-Prince alors qu'un journaliste de la SRC, Michel Jean, terminait une entrevue avec un inspecteur de police. Agacés par la caméra, des hommes masqués, manifestement des partisans d'Aristide, ont alors pointé leur revolver sur le journaliste et son caméraman, Sylvain Richard, avant de le décharger au-dessus de leur tête. «Un individu a fait feu plusieurs fois au-dessus de la tête de Sylvain et ensuite il y en a un autre qui a pointé directement son revolver sur ma tête en me criant que je n'avais pas d'affaire là», a raconté Michel Jean, hier, sur les ondes de RDI.

Les policiers en ont profité pour se réfugier dans leur poste. Les deux représentants de la SRC ont fait de même, peu de temps après. Une fusillade a suivi, mais aucune arrestation n'a été faite.

Voyant dans cette agression l'indice d'«une extrême tension», Michel Jean a précisé que le vent avait effectivement tourné depuis quelques jours pour les représentants de la presse étrangère. «On avait remarqué déjà, au cours des derniers jours, un revirement de situation. Quand on est arrivés il y a une dizaine de jours, tout le monde était assez calme et assez accueillant», a noté le journaliste.

Dans un communiqué rendu public lundi, Reporters sans frontières faisait déjà état de son inquiétude pour la sécurité des représentants de la presse étrangère. L'organisation de défense de la liberté de la presse demandait notamment «aux partisans du pouvoir comme à ceux de l'opposition de mettre fin aux attaques envers les médias et les journalistes».

Selon l'organisme, plusieurs confiscations de matériel ont été rapportées par les journalistes étrangers, alors qu'ils étaient témoins de faits peu favorables à l'image du gouvernement d'Aristide ou de ses partisans. Un photographe d'Associated Press a dû effacer des images de la mémoire de son appareil numérique et un caméraman de la chaîne APTN a été contraint de remettre ses bandes.

«Selon une source, précise le communiqué, ces pressions surviennent après que le président haïtien a demandé aux journalistes, auxquels il s'est adressé le 21 février, de montrer au monde combien les Haïtiens étaient prêts à se battre pour défendre la démocratie.»