L'érection du mur israélien inquiète la Jordanie

La Haye — La Jordanie a indiqué hier, à la Cour internationale de justice (CIJ), qu'elle craignait un afflux massif de réfugiés palestiniens sur son territoire à cause de la ligne de séparation, alors qu'Israël lançait les travaux d'un nouveau tronçon de cette barrière contestée.

«La Jordanie se trouve menacée d'une nouvelle vague de réfugiés à la suite de la construction du mur», a déclaré le prince jordanien Zeid ben Raad, au deuxième jour des audiences de la CIJ sur la légalité de la ligne de séparation que construit Israël en Cisjordanie.

À Jérusalem, le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a qualifié de «cirque de l'hypocrisie» les audiences de la CIJ, pendant que la construction d'un nouveau tronçon de 42 km était lancée dans le nord-ouest de la Cisjordanie.

Avis consultatif

Principal organe judiciaire des Nations unies, la CIJ a été saisie par l'Assemblée générale de l'ONU pour rendre un avis consultatif et non contraignant sur la légalité de la ligne de séparation.

Israël a décidé de ne pas participer aux audiences et dénie toute compétence à la Cour.

«Ce qui se passe à La Haye est une tentative de priver Israël de son droit élémentaire à se défendre, mais nous ne céderons pas», a déclaré M. Sharon dans un bref entretien au quotidien Yediot Aharonot. Israël estime que la question du terrorisme est négligée à la CIJ.

Des organisations juives ont organisé hier à La Haye des «audiences parallèles» pour donner la parole à des victimes d'attentats suicide.

En territoires occupés

Présentée par Israël comme un moyen d'empêcher l'infiltration de kamikazes palestiniens, la ligne de séparation est composée, à certains endroits, de blocs de béton de huit mètres de haut et, à d'autres, d'une clôture équipée de systèmes de détection électroniques. Elle ne suit pas la ligne verte qui sépare Israël de la Cisjordanie occupée et, à certains endroits, elle mord profondément en territoire palestinien pour englober le maximum de colonies juives. La Jordanie a estimé hier que l'objectif de la ligne de séparation n'était pas la sécurité, mais «l'assimilation accrue des territoires occupés dans Israël».

Tout en exprimant sa compréhension pour la volonté d'Israël de se protéger des attentats suicide, le prince Zeid ben Raad a estimé que le problème posé par le mur venait de sa construction «sur un territoire occupé».

«Si le mur avait été construit sur le territoire souverain d'Israël, cette procédure n'aurait pas lieu», a-t-il affirmé.

Lundi, les Palestiniens avaient demandé à la CIJ de reconnaître l'illégalité de la ligne de séparation, en soulignant qu'elle constituait une menace au processus de paix au Proche-Orient.