Irak - Le Conseil de gouvernement veut des élections avant la fin de l'année

Bagdad — Le Conseil de gouvernement transitoire irakien a réclamé hier la tenue d'élections générales avant la fin de 2004, alors qu'un membre d'al-Qaïda a été tué par l'armée américaine et que les attaques se sont multipliées à Mossoul, dans le nord du pays. «Nous voulons nous mettre d'accord avec les Nations unies pour tenir des élections avant la fin de cette année», a affirmé à la presse Mouaffak Al-Roubaï, membre du Conseil de gouvernement.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a indiqué lundi, dans un rapport sur les élections en Irak, que des mois de travail étaient nécessaires pour organiser un scrutin «crédible» et a laissé entendre qu'une telle consultation ne pourrait avoir lieu avant 2005.

Interrogé sur un rôle éventuel de l'ONU dans la préparation de ces élections, M. Roubaï a indiqué que les Nations unies avaient «une grande expérience dans la direction et l'organisation d'élections dans d'autres pays, comme le Timor oriental et la Bosnie. Nous estimons que le recours à l'expertise de l'ONU est positif».

Dans la bonne direction

Le Conseil de gouvernement s'est réuni hier pour étudier le rapport de l'ONU qui stipule que la loi électorale doit être rédigée en mai pour que des élections puissent se tenir début 2005.

«Nous allons devoir travailler d'arrache-pied afin de préparer les infrastructures pour les élections et rédiger la loi électorale», avait auparavant affirmé à l'AFP le porte-parole du Conseil de gouvernement Hamid al-Qifaï. «Le rapport de l'ONU va dans la bonne direction et l'organisation internationale aide l'Irak à aboutir à un consensus», avait-t-il ajouté.

Les chiites ont appelé pour leur part l'ONU à fixer une date pour la tenue d'élections générales en Irak, que cette organisation considère impossibles avant le 30 juin. «Il faut arrêter une date pour ces élections. Parler en termes généraux ne sert ni le peuple irakien ni la coalition qui prétend vouloir stabiliser le pays», a déclaré à l'AFP cheikh Sadreddine Al-Koubbanji, le représentant du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII) dans la ville de Najaf, au sud de Bagdad.

L'ONU propose l'élection au suffrage universel d'une seule assemblée qui rédigera la Constitution et aura une fonction législative et fixe comme première échéance aux forces politiques irakiennes un accord en mai 2004 sur les principes de la loi électorale pour tenir les élections en janvier 2005.

Arrestations

D'autre part, les forces de la coalition ont abattu un des hommes d'Abou Moussab al-Zarqaoui, un Jordanien soupçonné d'être lié à al-Qaïda, et en ont arrêté plusieurs autres, a affirmé hier un général de l'armée américaine. «Nous avons tué un des hommes de Zarqaoui et en avons arrêté plusieurs autres lors d'un raid à Ramadi» (100 km à l'ouest de Bagdad), a indiqué à l'AFP le général Charles Swannack, commandant de la 82e division aéroportée.

Des gilets pouvant servir pour des attentats suicide, du matériel pour la fabrication de bombes et des passeports ont été saisis durant le raid, a-t-il ajouté.

Le général Mark Kimmitt, chef adjoint des opérations militaires en Irak, a indiqué que les soldats avaient retrouvé au domicile de l'homme abattu des écrits pro-Saddam Hussein, des photos de Zarqaoui, ainsi que du matériel servant à fabriquer des bombes.

L'armée américaine a également annoncé l'arrestation d'un ancien responsable de la sécurité de la province de Diyala, au nord-est de Bagdad, qui pourrait être en contact avec Ezzat Ibrahim, l'ancien numéro deux du régime de Saddam Hussein.

À Mossoul (nord), deux policiers de la circulation ont été tués par des inconnus qui ont ouvert le feu à partir d'une voiture. La ville de Mossoul est le théâtre de nombreuses attaques. Trois militants d'un parti kurde et trois Irakiens travaillant pour la coalition y ont été tués en 48 heures.

Accord entre les chefs religieux

Par ailleurs, une trentaine de dignitaires religieux et politiques irakiens, dont deux membres de l'exécutif, ont signé hier un accord pour promouvoir la coopération entre les différentes communautés du pays et éviter les troubles interethniques.

Ces dignitaires ont mis en garde contre tout «confessionnalisme politique» et se sont engagés «à déployer tous les efforts pour mettre un terme aux actes de violence», indique le texte de la «Déclaration de Bagdad pour l'entente religieuse». Il appelle «tous les hommes politiques d'Irak à travailler à une transition juste vers la démocratie» et la «communauté internationale à nous aider pour reconstruire l'Irak, loin de la violence et du chaos».

Ce texte a été signé notamment par les membres du Conseil de gouvernement transitoire Mouaffak al-Roubaï et Nassir Chaderchi, ainsi que par des dignitaires religieux sunnites, chiites et chrétiens, à la suite de discussions menées pendant plusieurs mois sous les auspices de l'Église anglicane. «L'Irak traverse une période critique, et les forces du mal cherchent à nous diviser et à lancer une guerre civile, mais l'union des différentes religions les feront échouer», a affirmé le chiite Mouaffak al-Roubaï.