Plaidoyer contre le «Mur»

Un enfant palestinien montre un soldat israélien du doigt.
Photo: Agence Reuters Un enfant palestinien montre un soldat israélien du doigt.

La Haye — Au lendemain d'un nouvel attentat suicide meurtrier en Israël, les Palestiniens ont entamé hier leur plaidoyer contre le «mur de sécurité» devant la Cour internationale de justice de La Haye (CIJ). Ils ont réclamé que cette barrière construite par Israël afin de séparer l'État hébreu de la Cisjordanie soit déclaré illégal.

Au cours des trois jours que doivent durer les audiences, les 15 juges de la CIJ entendront les arguments palestiniens, mais aussi ceux de treize autres pays, de la Ligue arabe et de l'Organisation de la conférence islamique (OCI). Israël, qui conteste la légitimité de l'instance judiciaire onusienne et n'est pas représentée à l'audience, a soumis ses arguments par écrit. Les États-Unis et les pays européens n'y participent pas non plus.

Le chef de la délégation palestinienne, Nasser al-Kidoua, a été le premier à s'exprimer. «Ce mur n'a rien à voir avec la sécurité. Il entérine l'occupation et l'annexion de facto de larges proportions de la terre palestinienne», a-t-il rappelé.

Auparavant, le président palestinien Yasser Arafat avait plaidé, dans un discours télévisé, pour que «le monde entier prête attention à cette tragédie humaine sans précédent infligée à notre peuple». «C'est un autre Mur de Berlin [...] On ne parviendra pas à la paix entre nos deux peuples et dans la région entière avec un mur d'annexion, d'expansion et d'apartheid», a-t-il renchéri.

En décembre, l'Assemblée générale des Nations unies avait demandé à la CIJ de donner son avis sur la légalité au regard du droit international de cette série de barrières et de murs érigés par le gouvernement d'Ariel Sharon.

Manifestations

Reste qu'hier, l'essentiel de l'action s'est déroulé à l'extérieur de la CIJ, devant le Palais de la paix, où manifestaient plusieurs milliers de militants pro-israéliens et pro-palestiniens. Craignant des affrontements, les autorités néerlandaises avaient alloué des heures de rassemblement différentes aux deux camps. Mais, malgré l'émotion, aucun débordement n'a été déploré.

Côté israélien, plusieurs centaines de manifestants tenaient des photos de leurs proches, victimes d'attentats suicide. Ils s'étaient rassemblés autour de la carcasse d'un autobus dans lequel onze Israéliens ont trouvé la mort en janvier. Puis plus d'un millier de Palestiniens ont défilé du Parlement néerlandais au Palais de la paix, brandissant des photos d'enfants tués par des soldats de Tsahal.

Dans les territoires palestiniens, en ce jour d'hier décrété «jour de colère», plus de 10 000 personnes sont également descendues dans les rues pour dénoncer ce mur, censé à terme faire 750 km de long. Près de Jénine et de Tulkarem, les soldats israéliens ont lancé des gaz lacrymogènes sur les manifestants pour les empêcher d'approcher le mur. Des Palestiniens qui lapidaient les militaires ont également été la cible de gaz à Bethléem et Abou Dis.