Massacre en Ouganda

Kampala — Près de 200 personnes ont été tuées, brûlées vives pour la plupart, samedi soir lors d'un nouveau massacre attribué aux rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans un camp de déplacés du nord de l'Ouganda, a annoncé hier à l'AFP un parlementaire qui s'est rendu sur place.

L'attaque a eu lieu dans le camp de déplacés de Barlonyo, dans le sous-comté d'Ogur, à une vingtaine de kilomètres au nord de Lira, à 360 km au nord de Kampala, et a duré trois heures.

Un membre du parlement local, Charles Angiro, a déclaré à l'AFP par téléphone que 192 civils ont été tués, ainsi qu'un soldat et cinq miliciens gouvernementaux «Amukas».

«Quand je suis allé là-bas, nous avons pu nous assurer que 192 personnes avaient été tuées et que de nombreuses victimes étaient mortes brûlées, après que les rebelles eurent encerclé les gens et les eurent forcés à rentrer dans des cases en chaume qu'ils ont ensuite incendiées», a raconté M. Angiro.

Quelque 480 huttes ont été brûlées, laissant 4810 personnes sans abri, a-t-il précisé.

Les rebelles ont d'abord affronté à l'artillerie la milice locale avant d'attaquer le camp, a indiqué M. Angiro.

Les combattants de la LRA «ont attaqué le camp au nord, à l'est et au sud, ont encerclé les gens et ont commencé à tirer au hasard pendant que les autres étaient conduits de force dans des huttes et enfermés à l'intérieur avant qu'ils n'y mettent le feu», a raconté le parlementaire.

«Les enfants n'ont pas été épargnés et beaucoup des cadavres que nous avons vus étaient des corps d'enfants», a-t-il ajouté.

Auparavant, un missionnaire catholique avait fait état de 173 tués. «Je viens de m'y rendre et j'ai pu m'assurer que 173 personnes avaient été tuées, dont 57 avaient déjà été enterrées alors que d'autres brûlaient toujours dans leur maison», avait expliqué Sebat Ayala, joint par téléphone dans la ville de Lira.

De son côté, un porte-parole de l'armée, Shaban Bantariza, a déclaré qu'il pouvait «confirmer qu'il y a eu un massacre dans un camp de personnes déplacées et que des gens ont brûlé dans leur maison». L'officier n'était pas en mesure de donner un bilan précis des victimes.

Selon la responsable de l'hôpital gouvernemental de Lira, Jane Achieng, 56 personnes victimes de brûlures, blessées par balles ou par des éclats d'obus, ont été admises dans ses services.

Un journaliste local, Joe Wacha, basé à Lira, a évoqué un spectacle «terrible». «Les gens avaient commencé à enterrer les morts et j'ai vu 57 cadavres qu'on enterrait alors que plus de 400 huttes étaient entièrement consumées et que de la fumée s'échappait de certaines maisons et de cadavres», a raconté M. Wacha.

Le 4 février, environ 300 combattants de la LRA avaient attaqué le camp de déplacés d'Abia, près de Lira, qui était protégé par des soldats ougandais, faisant au moins 50 morts et 20 disparus.

Le nord de l'Ouganda est en proie depuis 1986 à une épuisante guerre civile, qui a provoqué le déplacement de plus de 1,2 million de civils.

La LRA affirme vouloir établir une administration fondée sur les dix commandements bibliques. Mais ce groupe s'est surtout fait connaître par des atrocités commises contre des civils et l'enlèvement de milliers d'enfants, forcés de combattre ou utilisés comme esclaves sexuels.

Le bilan de ses victimes, selon l'Agence de missionnaires Misna, s'élève au moins à 100 000 morts et à plus de 20 000 enfants enlevés.

La Cour pénale internationale (CPI), premier tribunal permanent chargé de la répression des crimes de génocide, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre, a annoncé a la mi-février qu'elle envisageait d'ouvrir sa première enquête sur les agissements de la LRA.