Des Nobel doutent de l'intégrité scientifique de l'administration Bush

«Maintenant plus que jamais [...], pour sa conduite, le gouvernement s'appuie sur les perspectives impartiales données par la science.» Ces mots de George Bush père, prononcés en 1990, ont été ironiquement placés en exergue d'un rapport reprochant à l'actuelle administration américaine de tordre systématiquement les faits scientifiques pour les mettre au service de sa politique. L'accusation est reprise par une soixantaine de chercheurs américains de haut niveau, dont une douzaine de Prix Nobel, signataires d'une déclaration commune.

Intitulé L'Intégrité scientifique dans la décision politique, le rapport de 38 pages a été rendu public mercredi par l'Union des scientifiques inquiets (Union of Concerned Scientists, www.ucsusa.org). Il détaille les «distorsions» imputables à l'administration Bush, qui porteraient sur le changement climatique, la contraception, la protection des espèces, la santé publique, la recherche médicale ou encore la sécurité nucléaire.

L'UCS cite des affaires, déjà connues pour la plupart, sur lesquelles elle a enquêté plus en profondeur: experts scientifiques évincés au profit de représentants de l'industrie ou de personnalités non qualifiés dans des organes consultatifs; «censure et surveillance politique» de scientifiques du gouvernement; démantèlement de comités scientifiques, notamment au département de l'Énergie et au département d'État, sur les questions liées à l'armement nucléaire et à son contrôle; refus de solliciter des avis indépendants, etc.

«D'autres administrations s'é-taient à l'occasion laissées aller à de telles pratiques, mais pas de façon si systématique et sur un front aussi large», notent les «scientifiques inquiets». L'organisation en appelle au président Bush, au Congrès, aux scientifiques et au public pour que soit restaurée au plus vite l'«intégrité scientifique de la politique fédérale».

Ces accusations ne troublent pas John H. Marburger III, le conseiller scientifique de George W. Bush. «Je pense qu'il y a eu des incidents où certains [scientifiques] ont été pris à rebrousse-poil», a-t-il déclaré au New York Times. Mais selon lui, les éléments cités dans le rapport ne remettent pas en question les bonnes pratiques scientifiques de l'administration.

Allan Bromley, conseiller scientifique de George Bush père, dénonce plus abruptement une manoeuvre politique, tombant à pic en année électorale, ce dont se défendent les signataires. Leur initiative rencontre en tout cas un succès foudroyant: le rapport, publié sur Internet, a été inaccessible pendant plusieurs heures jeudi en raison d'un trop fort trafic sur le site de l'UCS.