Aristide attend les émissaires

Port-au-Prince — Un plan international de règlement de la crise en Haïti, excluant les insurgés armés, a été soumis hier au président haïtien Jean-Bertrand Aristide tandis que ses partisans armés faisaient 12 blessés lors d'une manifestation de l'opposition à Port-au-Prince. Ce plan, remis par des diplomates en poste dans la capitale, s'appuie sur la nomination d'un nouveau premier ministre, neutre et indépendant, jouissant de la confiance de la population, selon des sources diplomatiques.

À Port-au-Prince, douze personnes, dont deux journalistes, un Haïtien et un étranger, ont été blessées lors d'une manifestation d'étudiants réclamant la démission du chef de l'État haïtien, selon un journaliste de l'AFP. Des membres armés d'Organisations populaires (OP) du parti Famille Lavalas au pouvoir ont attaqué des étudiants qui réclamaient la démission du président.

Dix manifestants ont été blessés par balles ou touchés par des pierres, selon des informations recueillies dans un hôpital. Un journaliste haïtien, Claude Bellevue, de Radio Ibo, a reçu une balle dans le dos tandis qu'un caméraman espagnol, à l'identité non révélée, était blessé d'un coup de machette à l'oreille.

Le plan international de règlement de la crise politique, qui secoue le pays depuis 2000, prévoit que Jean-Bertrand Aristide demeure président jusqu'au terme de son mandat, en février 2006. Ce projet «ne demande pas le départ du président», mais le pays a besoin d'un «nouveau gouvernement [...] indépendant, crédible et rassembleur», selon le département d'État américain.

Le nouveau chef du gouvernement aurait sous son contrôle les 5000 policiers haïtiens dont la formation et l'entraînement seraient supervisés par l'ONU ou l'Organisation des États américains. Le plan prévoit aussi la libération de prisonniers politiques, la réforme de la police et le désarmement des militants du parti au pouvoir, Famille Lavalas.

La communauté internationale devra aussi convaincre l'opposition. Depuis le début de l'année, celle-ci a considérablement durci sa position, rejetant tout compromis et jugeant que seul un départ du président peut régler la crise.

Le plan ne concerne pas les insurgés, qui contrôlent notamment la quatrième ville du pays, Les Gonaïves. Hier, leur «commandant en chef», l'ex-commissaire Guy Philippe, a affirmé à un journaliste de l'AFP que ses hommes avaient «coupé les voies terrestres» avec Cap-Haïtien (deuxième ville) après avoir pris Ouanamindhe, à la frontière avec la République dominicaine.

Depuis le début de l'insurrection armée, 58 personnes sont décédées dans des violences. «L'implosion» du pays «est une véritable menace si» le président et l'opposition «n'adhèrent pas» au plan international, souligne un diplomate. «Il n'y a pas de plan B.»

Une délégation ministérielle comprenant le secrétaire d'État adjoint américain chargé de l'Amérique latine, Roger Noriega, et des représentants du Canada, de la France et de la Communauté des pays des Caraïbes, est attendue aujourd'hui en Haïti pour faire pression sur le président et l'opposition. Le Canada est représenté par son ministre de la Francophonie, Denis Coderre.