Les Iraniens «choisissent» leurs législateurs

Téhéran — Les élections législatives iraniennes d'hier, qu'une partie des réformistes ont appelé à boycotter après l'invalidation de la plupart de leurs candidats, devraient logiquement déboucher sur un renforcement du pouvoir des conservateurs.

La principale incertitude porte sur le taux d'abstention, qui risque aussi de se nourrir des désillusions d'une large partie de la population face à l'incapacité du président Mohammad Khatami et de sa majorité parlementaire actuelle de mener à bien les réformes promises.

Toutefois, dans des bureaux de vote du centre et du sud de Téhéran, des journalistes de Reuters ont pu voir, hier en fin d'après-midi, des files de dizaines de personnes qui attendaient de voter. L'agence IRNA rapporte quant à elle que certains quartiers de Téhéran et de Tabriz, dans le nord-ouest du pays, ont manqué de bulletins de vote.

Les premières estimations font état d'un taux de participation situé entre 47 et 52 % des inscrits, a indiqué hier soir une source proche du ministère de l'Intérieur. Cette fourchette est à rapprocher de la participation de 67 % enregistrée lors du dernier scrutin de l'an 2000.

Les opérations de vote ont pris fin à 22h locales et le dépouillement a immédiatement commencé. Mais les chiffres officiels de participation et les premiers résultats ne sont pas attendus avant ce matin.

Auparavant, le ministère de l'Intérieur avait prolongé le vote de deux heures dans 22 des 28 provinces du pays afin d'accueillir les retardataires. De telles prolongations sont courantes en Iran.

Parmi les premiers à voter, l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la révolution, a affirmé que les ennemis de la République islamique cherchaient à dissuader les jeunes de voter.

De son côté, Khatami, l'air grave, a voté au ministère de l'Intérieur en critiquant en termes voilés un scrutin qu'il a récemment qualifié d'inéquitable. «Cette nation a été vaincue de nombreuses fois mais elle a poursuivi sa route et créé des surprises», a-t-il dit.

Les médias publics, contrôlés par les conservateurs, n'ont pas ménagé leurs efforts pour encourager la participation en diffusant des hymnes patriotiques et des images d'archives montrant la ferveur électorale lors de précédents scrutins.

L'ayatollah Ahmad Jannati, chef du Conseil des gardiens, a profité de l'homélie prononcée à Téhéran à l'occasion des prières du vendredi pour dénoncer un boycottage décidé, selon lui, dans des palais d'Amérique. «Ceux qui conseillent à voix basse de ne pas voter sont des traîtres au pays et à l'islam», a-t-il affirmé.

Certains réformateurs disent redouter une vague d'arrestations après les élections.

Les réformistes accusent les conservateurs d'avoir programmé le résultat des élections en rejetant plus de 2500 candidatures, pour la plupart réformistes. Quelque 1179 autres candidats se sont ensuite retirés du scrutin en signe de protestation, laissant ainsi le champ libre aux conservateurs. Quelque 4420 candidats restent en lice pour les 290 sièges du Majlis.