Une mission syndicale revient d'Haïti pour témoigner des atteintes aux droits les plus élémentaires

Crise ou pas, la situation des droits de l'homme en général et des droits syndicaux en particulier s'est passablement détériorée en Haïti, ont constaté des représentants de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), qui se sont rendus dans la capitale en début de semaine pour une mission syndicale d'urgence de deux jours.

Sur le terrain, les représentants de la CISL, dont quatre Canadiens affiliés respectivement à la CSN, à la CSQ, à la FTQ et à l'UNI, ont recueilli plusieurs témoignages montrant que le syndicaliste haïtien est une cible de choix pour les chimères et les représentants du pouvoir. «Les syndicalistes sont harcelés sans arrêt», dénonce l'ancien président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Fernand Daoust, joint jeudi, à son retour d'Haïti.

Nerveux mais déterminés, les syndiqués haïtiens ont été nombreux à se présenter aux assemblées organisées par la CISL afin de dire haut et fort les menaces et les violences dont ils sont l'objet. «On parle de brutalité, de torture, de détention arbitraire, d'incendie criminel, de destruction de biens», raconte M. Daoust, qui ajoute que les maisons brûlées et les biens spoliés sont monnaie courante chez les syndicalistes. Tant et si bien que certains n'ont eu d'autre choix que d'opter pour la clandestinité.

Cette mission, qui ralliait des dirigeants syndicaux du Canada, de la France et d'autres pays amis de la francophonie et de l'Amérique latine, avait pour objectif premier d'obtenir la libération de onze dirigeants syndicaux incarcérés depuis le 28 janvier dernier. Arrêtés arbitrairement lors d'une descente illégale au siège de la Coordination syndicale haïtienne (CSH), ils sont accusés d'association de malfaiteurs et de complot contre la sécurité intérieure de l'État, une charge criminelle passible de travaux forcés à perpétuité.

Une rencontre lundi avec le ministre de la Justice, Calixte Delatour, avait permis aux membres de la mission d'obtenir l'autorisation de rencontrer dix des onze détenus. Le ministre s'était engagé à libérer dès le lendemain le onzième membre, une femme, ne pouvant souffrir qu'une mère soit emprisonnée. Promesse qui n'avait pas encore été tenue jeudi, selon les informations recueillies par M. Daoust.

Déplorant l'extrême fragmentation des groupes syndicaux haïtiens, la CISL a profité de sa visite à Port-au-Prince pour encourager la mise en place d'une certaine forme d'unité syndicale qui fait cruellement défaut en Haïti. «Il faut créer des unités structurelles, il faut que les forces convergent», croit M. Daoust, qui mise avant tout sur la formation pour y parvenir.

En guise de protestation, la CISL a déposé une plainte officielle au Bureau international du travail à l'égard de la liberté syndicale dans la République d'Haïti. La confédération représente plus de 151 millions de travailleurs par l'intermédiaire de 233 organisations affiliées dans 152 pays et territoires.