Une délégation internationale va rencontrer Aristide demain

Guy Philippe (au centre) serait le nouveau chef de la rébellion.
Photo: Agence Reuters Guy Philippe (au centre) serait le nouveau chef de la rébellion.

Ottawa — Le président haïtien, Jean-Bertrand Aristide, aura toute une visite, demain à Port-au-Prince, alors qu'une délégation internationale le rencontrera pour tenter de le persuader de se plier aux demandes de la communauté internationale pour mettre fin aux affrontements dans son pays.

La délégation conjointe enverra un «message ferme à M. Aristide qu'il doit respecter ses obligations», a expliqué le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham, qui ne peut être de la délégation à cause d'un autre engagement. «C'est un premier pas très important pour créer une situation où l'opposition pourra entrer dans les discussions. C'est ça, l'objectif de la démarche», a-t-il poursuivi à la sortie des Communes. Le Canada sera néanmoins bien présent et représenté par le ministre de la Francophonie, Denis Coderre.

«On veut s'assurer, dans un premier temps, le respect de l'accord de Kingston, au niveau de la Caricom», a expliqué le ministre Coderre.

Dans cet accord auquel le président avait donné son aval, il était question d'une série de mesures, dont la libération de prisonniers et la réforme de la police. Ces mesures avaient pour objectif de démontrer à l'opposition la bonne foi du gouvernement Aristide qui, jusqu'à maintenant, tarde à mettre en place les changements proposés. Cette délégation s'inscrit dans l'approche politique et pacifique qu'a privilégiée, jusqu'à maintenant, la communauté internationale.

«Il est clair qu'on ne veut pas la tête d'Aristide, a noté M. Coderre. On doit aussi respecter la Constitution haïtienne, protéger et garantir les droits du peuple haïtien et, très certainement, trouver une façon de rapprochement pour qu'on puisse avoir des élections libres et un gouvernement de réconciliation.»

Le président haïtien Jean-Bertrand Aristide s'est déjà dit prêt à mourir pour défendre son pays plutôt que de démissionner.

Outre le Canada, la France, les États-Unis, l'Organisation des États américains (OEA), l'Organisation des Nations unies et la Caricom seront de la délégation.

Le secrétaire d'État américain, Colin Powell, a affirmé hier que Washington et d'autres pays soumettraient un plan de sortie de crise au président Aristide et à l'opposition haïtienne. Si les deux parties acceptent cette proposition, «nous pourrions trouver le moyen de régler politiquement le conflit», a-t-il déclaré à la radio ABC. Il a également affirmé qu'il y avait un «solide consensus» sur le dossier haïtien entre les États-Unis, l'OEA, l'ONU, la France et le Canada. Les États-Unis disent craindre une aggravation de la situation dans le cas où M. Aristide serait contraint de fuir le pays. Le président haïtien a rejeté une proposition américaine de convoquer un scrutin présidentiel anticipé pour désamorcer la crise, a annoncé un diplomate américain mercredi.

Des miliciens pro-Aristide patrouillaient hier Cap-Haïtien, jurant de contrer toute tentative rebelle pour prendre la ville. Aux Gonaïves, d'où est partie l'insurrection le 5 février, les rebelles ont annoncé que leur mouvement s'appellerait désormais le Front de résistance nationale pour la libération d'Haïti et serait sous l'autorité d'un seul chef: Guy Philippe. Cet ancien chef de la police est accusé d'avoir mené une tentative de coup d'État contre M. Aristide ayant fait 10 morts en 2001. Il serait revenu de la République dominicaine récemment.

«Nous avons une seule stratégie: libérer toutes les villes dans tous les districts», a déclaré mercredi Winter Etienne, un chef du Front. L'insurrection a touché une dizaine de villes et fait une soixantaine de morts depuis deux semaines. D'anciens soldats sous la dictature de Raoul Cedras chassés par l'intervention américaine en 1994 ont fait leur retour depuis la République dominicaine voisine.