Algérie - Bouteflika entre à son tour dans l'arène

Alger — Mettant fin à un long suspense, Abdelaziz Bouteflika a annoncé hier sa candidature à l'élection présidentielle du 8 avril en Algérie, où le chef de l'État sortant souhaite achever la mise en place de réformes économiques et ramener la paix civile dans un pays émergeant d'une sanglante décennie de rébellion islamiste.

Cette annonce était attendue, Bouteflika paraissant le mieux placé pour remporter un deuxième mandat de cinq ans.

La consultation sera suivie attentivement tant à l'intérieur du pays, où les adversaires politiques de Bouteflika brandissent la menace d'un boycottage en l'accusant d'abus de pouvoir, qu'à l'étranger, où l'on évaluera ainsi la stabilité politique et économique de cet important pays membre de l'OPEP.

Le président s'est déclaré au moyen d'un communiqué publié par le quotidien gouvernemental el-Moudjahid en ces termes: «Je soussigné, Abdelaziz Bouteflika [...], candidat à l'élection à la présidence de la République, prévue le 8 avril 2004.»

L'intéressé devrait officialiser publiquement sa candidature ce dimanche lors d'une cérémonie.

L'Algérie a connu un très net fléchissement de la violence sous la présidence de Bouteflika, dont l'arrivée au pouvoir avait, en son temps, été accueillie favorablement par nombre de ses concitoyens et de gouvernements étrangers.

Le pays a basculé dans une spirale de violence après l'annulation en 1992, par le pouvoir dominé par l'armée, d'élections législatives que le Front islamique du salut (FIS, aujourd'hui dissous) était en passe de remporter.

Les affrontements entre les islamistes et les forces de sécurité ont fait plus de 150 000 morts, selon les estimations d'organisations de défense des droits de l'homme. Lors du scrutin de 1999, l'opposition, parlant de fraude à grande échelle, avait déjà retiré ses candidats, laissant Bouteflika seul dans l'arène.

Cette année, plusieurs candidats de l'opposition ont accusé le président sortant de museler les partis politiques et les médias indépendants et d'utiliser les deniers publics pour renforcer sa popularité.

L'ex-premier ministre Ali Benflis, l'un des principaux rivaux de Bouteflika et «patron» du Front de libération nationale (FLN), a vu ses chances entamées par la mise sous séquestre des fonds et la suspension des activités de l'ex-parti unique, issu de la guerre d'indépendance et devenu la première force politique du pays.

Hier, Benflis a officialisé sa candidature lors d'un meeting à Alger au cours duquel il a critiqué Bouteflika et promis de consolider la démocratie en cas de victoire le 8 avril.

Pour les observateurs, Abdallah Djaballah, chef de file de la troisième formation algérienne, el-Islah, issue de la mouvance islamique légale, pourrait devenir un concurrent sérieux.

Les chances de réélection de Bouteflika, qui n'appartient à aucun parti mais bénéficie du soutien de nombreuses organisations politiques, ont été consolidées lundi avec l'alliance nouée entre deux formations gouvernementales, le RND de l'actuel premier ministre, Ahmed Ouyahia, et les islamistes modérés du MSP, avec une faction dissidente du FLN.