Au G20, le triomphe des autoritaires

Le président de la Chine, Xi Jinping, a prononcé son discours de clôture du sommet du G20 de Hangzhou, lundi.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Le président de la Chine, Xi Jinping, a prononcé son discours de clôture du sommet du G20 de Hangzhou, lundi.

Hôte prévenant, rond et prévisible, le président chinois Xi Jinping a clos, lundi, un sommet du G20 ultrapolicé, lors duquel il a pris le temps de recevoir un à un ses quelque 40 invités. Dans cette arène dévolue à la prescription de remèdes pour une économie mondiale anémiée, Pékin, avec près de 7 % de croissance, continue d’être courtisé de toutes parts pour ses réserves en capitaux. Outre M. Xi, deux autres dirigeants étaient à la fête à Hangzhou : le président russe Vladimir Poutine et le Turc Recep Tayyip Erdogan. Au coeur des crises les plus préoccupantes — la Syrie et l’Ukraine —, eux aussi ont multiplié les entretiens, mais pas pour ne s’en tenir qu’à des politesses et de la langue de bois. Critiqués volontiers en Occident pour leurs méthodes autoritaires, ils effectuent à Hangzhou un retour triomphant sur la scène internationale.

Au G20 de Brisbane (Australie) il y a deux ans, peu après la destruction de l’avion de Malaysian Airlines dans le ciel ukrainien attribuée aux rebelles prorusses, M. Poutine avait fait figure de pestiféré. Il en avait pris congé brusquement, avant la fin, le regard noir, prétextant la longueur du trajet de retour. Au sommet d’Antalya (Turquie) il y a un an, le président russe était sorti de son isolement. Mais à Hangzhou, la performance a été « impressionnante », confie une journaliste russe qui a suivi la délégation de son pays. L’homme fort du Kremlin était l’interlocuteur incontournable.

M. Poutine a trouvé un nouveau ton avec l’Arabie saoudite dans ses entretiens avec le vice-prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salman — tranchant nettement avec l’impression de défiance qui s’était dégagée de sa rencontre avec son père, le roi Salman, à Antalya en 2015. Les deux pays, dont les positions sont diamétralement opposées notamment sur le sort du président syrien Bachar al-Assad, ont même signé un accord sur la production de pétrole. Autre surprise, M. Poutine a reconnu, en conférence de presse, la « sincérité » de Barack Obama à trouver une résolution à la crise syrienne — leurs ministres des Affaires étrangères ont mené deux cycles de négociations sans parvenir à un accord. Le président russe s’est entretenu une heure et demie avec M. Obama — alors que, jusqu’au dernier moment, leur rencontre n’avait pas été confirmée. Le ton était celui d’une « négociation d’affaires », selon un responsable américain.

« Intérêts convergents »

Recep Tayyip Erdogan fut l’autre vedette. Alors que l’Élysée a bataillé pour obtenir une salle de conférence de presse à peine plus grande que celle prévue à l’origine par les Chinois, le président turc disposait d’une salle immense. Il a effectué à Hangzhou sa première grande sortie internationale depuis le coup d’État raté de juillet. Fort des troupes envoyées en Syrie avec l’assentiment tacite de Moscou, il a défendu à Hangzhou son projet d’établir une zone tampon à la frontière entre les deux pays, déjà proposée l’an dernier à Antalya. Il l’a fait cette fois avec l’assurance d’un « redémarrage » apparemment réussi des relations russo-turques à la suite de sa deuxième rencontre en un mois avec M. Poutine, après ses excuses pour la destruction d’un avion de combat russe fin 2015.

Au contraire de MM. Xi, Poutine et Erdogan, nombre de leurs homologues occidentaux ou asiatiques sont en fin de parcours. M. Obama ne sera plus en poste dans quatre mois. François Hollande termine son mandat en mai 2017 et la dirigeante sud-coréenne Park Geun-hye en décembre 2017. Angela Merkel affronte des échéances électorales délicates en septembre après les récentes déconvenues de son parti.

Si le zèle sécuritaire chinois a horripilé les services protocolaires occidentaux, il n’était pas pour déplaire au président russe Vladimir Poutine. Ce dernier était en Chine en terrain ami. Xi Jinping et lui se sont vus pas loin d’une vingtaine de fois depuis 2013. À son arrivée, le président russe s’est payé le luxe, avec un sourire en coin devant les caméras, d’annoncer publiquement son cadeau à M. Xi : des crèmes glacées russes dont celui-ci raffole. L’amitié sino-russe est au beau fixe : sans être une alliance, elle forme ce que la chercheuse chinoise Yun Sun qualifie d’ « alignement d’intérêts convergents ». Russes et Chinois s’épaulent pour rester en position de force vis-à-vis de l’Occident et contenir leur propre société civile, tout en gardant leurs distances sur les sujets qui peuvent fâcher.

Avec François Hollande en revanche, la rencontre bilatérale a d’abord été assez tendue, avec un président français énervé coupant à plusieurs reprises la parole au traducteur russe. Pour ne pas arranger les choses, M. Poutine a rappelé dans son propos liminaire que le sujet important du G20 était la recherche de la croissance mondiale — sous-entendant que le reste (l’Ukraine, la Syrie) n’était que sujets « modestes ». Selon un diplomate qui a assisté aux 80 minutes de l’entretien, le ton est devenu ensuite plus cordial, délié. « Il est clair que ce sommet, c’est pour Poutine une revanche. Il se retrouve dans cette situation où tout le monde le sollicite », dit-il.

Pivot asiatique russe

Les Européens proposent, le président russe dispose — notamment pour la suite des rencontres en « format Normandie » (réunissant Paris, Berlin, Moscou et Kiev) sur l’Ukraine. Les Allemands ont trouvé M. Poutine très sûr de lui, pas si pressé toutefois de trouver un règlement à la crise syrienne alors que Bachar al-Assad marque des points contre les rebelles à Alep. Mme Merkel s’est moins impliquée dans le bilatéral que ses homologues européens : elle a suivi avec zèle toutes les séances plénières, car l’Allemagne prend la présidence du prochain G20.

À Hangzhou, M. Poutine a donné des signes que son « pivot asiatique » à lui était tout aussi réel que celui de M. Obama. Après avoir fait miroiter au Japonais Shinzo Abe, lors d’un sommet économique à Vladivostok juste avant Hangzhou, une résolution possible du différend territorial nippo-russe sur les îles Kouriles, il a réitéré publiquement sa solidarité avec la Chine dans la mer de Chine du sud, où Pékin et Moscou organisent même, en octobre, des exercices navals. Le président russe a dénoncé en conférence de presse comme « contre-productives » les interférences de tout acteur « non régional » dans les disputes maritimes concernées — une pique destinée à Washington. Et assuré Pékin de son soutien contre le verdict de la Cour d’arbitrage de La Haye de juillet 2015, très défavorable à la Chine. Dans ses entretiens avec Xi Jinping, Barack Obama a tenté de mettre la Chine devant ses responsabilités en tant que signataire de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.

À Hangzhou, un autre dirigeant autoritaire, non invité, a rappelé son existence : le jeune dictateur nord-coréen Kim Jong-un, dont les tirs de missiles, lundi, montrent une nouvelle fois qu’il lui importe peu de ne pas faire perdre la face aux Chinois.

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