La Turquie s’efforce d’identifier le très jeune kamikaze de Gaziantep

Le bilan de l’attentat, le plus meurtrier en Turquie cette année, a augmenté de 51 à 54 morts, a annoncé l’agence de presse Dogan.
Photo: Ilyas Akengin Agence France-Presse Le bilan de l’attentat, le plus meurtrier en Turquie cette année, a augmenté de 51 à 54 morts, a annoncé l’agence de presse Dogan.

La Turquie s’activait lundi pour identifier le très jeune kamikaze qui s’est fait sauter, tuant 54 personnes, dont beaucoup d’enfants, lors d’une grande fête de mariage kurde à Gaziantep (sud-est), très probablement pour le compte de l’organisation État islamique (EI).

Gaziantep est proche de la frontière syrienne et le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu a affirmé lundi que la frontière de la Turquie avec la Syrie devait être entièrement « nettoyée » du groupe EI.

« Il est de notre droit le plus naturel de combattre cette organisation terroriste sur notre territoire et à l’étranger », a-t-il déclaré devant la presse.

Le bilan de l’attentat, le plus meurtrier en Turquie cette année, a augmenté de 51 à 54 morts, a annoncé l’agence de presse Dogan, précisant que 66 personnes étaient toujours hospitalisées, dont 14 dans un état grave.

Le président Recep Tayyip Erdogan a déclaré dimanche que l’attentat de la veille avait été perpétré par « un kamikaze qui avait entre 12 et 14 ans et qui, soit s’est fait exploser, soit portait des explosifs actionnés à distance ».

Il a dit de nouveau que les premières informations montraient que c’était le groupe EI qui avait perpétré cet attentat contre un mariage qui se déroulait en plein air en présence de nombreux invités.

Jeunes victimes

La majorité des morts sont des enfants ou des adolescents, a indiqué lundi la presse, et 29 des 44 personnes tuées ayant été identifiées jusqu’à présent avaient moins de 18 ans. Un responsable turc a ajouté qu’au moins 22 morts étaient des enfants de moins de 14 ans.

M. Erdogan a également expliqué dimanche que le groupe EI avait essayé de « se positionner » à Gaziantep, située juste à 60 km au nord de la frontière avec la Syrie et où affluent les nombreux réfugiés syriens qui fuient la guerre depuis cinq ans et demi dans leur pays.

Le quotidien Hurriyet a indiqué que des tests d’ADN étaient en cours pour déterminer l’identité du kamikaze.

Il est possible qu’il soit arrivé de Syrie, mais le groupe EI a implanté des cellules en Turquie, notamment à Gaziantep et à Istanbul, a rappelé son éditorialiste Abdulkadir Selvi.

Les forces de sécurité turques pensent que l’attaque a été menée par les djihadistes en représailles aux offensives des milices kurdes et de l’opposition syrienne soutenue par Ankara contre le groupe EI en cours en Syrie.

« Nous payons le prix d’une bataille contre le groupe EI », a écrit l’éditorialiste.

Autres suspects

Les autorités recherchaient aussi activement deux personnes qui auraient accompagné le jeune kamikaze sur les lieux du mariage avant de s’enfuir.

Le chef du parti pro kurde HDP (Parti démocratique des Peuples), Selahattin Demirtas a annoncé dans un communiqué que « tous ceux qui ont été tués étaient kurdes ».

Les jeunes mariés — un couple qui avait fui les combats de la région de Siirt pour venir à Gaziantep dans l’espoir d’y trouver la paix — ont survécu, mais sont traumatisés.

D’après le Hurriyet, le type de bombe utilisé — bourré de métal — est le même que lors de précédents attentats contre des rassemblements pro kurdes attribués au groupe EI en 2015, dans la ville frontalière de Suruc (34 morts) et à la gare d’Ankara (103 morts). Une veste d’explosifs avait également été retrouvée dimanche sur les lieux de l’attaque à Gaziantep.

En dépit de la gravité de l’attentat, les télévisions pro gouvernementales avaient quasiment renoué avec leur couverture habituelle, pour s’intéresser de nouveau aux conséquences du putsch raté du 15 juillet en Turquie.

Les 44 corps identifiés ont été inhumés lors de cérémonies très émouvantes à Gaziantep dimanche, avec des proches désespérés qui se jetaient sur les cercueils, a rapporté un photographe de l’AFP.

Manifestation

Mais pour certains, le chagrin a fait place à la colère. Un groupe a lancé des bouteilles sur la police, restée à distance. « Honte à toi Erdogan ! », criaient des Kurdes à l’adresse du président turc, accusé de ne pas avoir su les protéger.

Une mère de famille a perdu quatre de ses cinq enfants et son mari se trouvait en soins intensifs à l’hôpital, a annoncé le journal Yeni Safak.

Les plus jeunes victimes étaient deux enfants de quatre ans, selon la liste des morts publiée par la presse.

Cet attentat est le dernier d’une vague d’attaques sanglantes en Turquie depuis un an. Ces attaques, qui ont secoué Istanbul, Ankara et le Sud-Est, ont été imputées au groupe EI ou au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en guerre contre Ankara depuis 1984.