Un séminaire sur l'antisémitisme européen

Bruxelles — L'Europe est-elle sur le point de succomber à une nouvelle vague d'antisémitisme? C'est la question à laquelle va tenter de répondre aujourd'hui un séminaire organisé conjointement à Bruxelles par la Commission européenne et le Congrès juif mondial, auquel participeront toute une série de personnalités européennes et israéliennes, juives, chrétiennes et musulmanes.

Seront notamment présents Joschka Fischer, le ministre allemand des Affaires étrangères, Nathan Chtcharansky, ministre israélien chargé de la diaspora, Élie Wiesel, Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, ou encore Amos Luzzato, président de la communauté juive italienne.

L'initiative de ce séminaire revient à Romano Prodi, le président de l'exécutif européen, qui cherche à désamorcer les tensions apparues entre l'Union, d'une part, Israël et les organisations juives à travers le monde, d'autre part, ces derniers soupçonnant Bruxelles d'encourager la libération de la parole puis des actes antisémites par sa position trop critique à l'endroit du gouvernement Sharon.

«Coupable»

Ces tensions ont notamment été attisées par plusieurs déclarations d'officiels américains. Le Congrès juif mondial (CJM) et le Congrès juif européen ont quant à eux estimé le 5 janvier dans une tribune publiée par le Financial Times, le quotidien britannique des affaires, que la Commission était «coupable» d'antisémitisme à la fois «par action et par inaction». Déjà au plus bas, les relations avec les organisations juives se sont encore dégradées à la suite de la publication, en novembre, d'un sondage commandé par Eurostat, l'office statistique de l'Union, qui faisait apparaître Israël comme «le plus grand danger pour la paix dans le monde». Problème: la question était fermée. Israël était cité aux côtés de pays aussi sympathiques que la Corée du Nord ou l'Irak mais l'Autorité palestinienne n'était pas citée car n'étant pas encore un État siégeant à l'ONU.

La révélation par le CJM de la non-publication par l'Observatoire européen sur le racisme et la xénophobie de Vienne d'une étude montrant le rôle de la communauté musulmane dans la recrudescence de l'antisémitisme n'a pas arrangé les choses. Au moment où la polémique a éclaté, par un hasard de calendrier, Romano Prodi était à New York. Il s'est rendu auprès du CJM pour proposer la tenue de ce séminaire commun, censé démontrer que l'Europe du XXIe siècle ne ressemble ni de près ni de loin à celle des années 30, même si des actes antisémites y sont encore commis.