Les Pays-Bas expulseront 26 000 demandeurs d'asile

La Haye — Le Parlement néerlandais a approuvé hier une proposition très contestée prévoyant l'expulsion de 26 000 demandeurs d'asile en dépit des critiques d'une partie importante de la population et d'organisations de défense des droits de l'homme.

Sur les seize motions présentées, trois ont été retenues, qui n'apportent que des modifications mineures au projet présenté par la ministre libérale de l'Immigration, Rita Verdonk. Celui-ci concerne 26 000 demandeurs d'asile arrivés aux Pays-Bas avant le 1er avril 2001, date d'entrée en vigueur d'une nouvelle loi plus restrictive.

Les demandeurs d'asile déboutés seront rapatriés dans les trois années à venir, sans tenir compte de la durée de leur séjour — parfois plusieurs années — aux Pays-Bas, selon la proposition de Mme Verdonk.

Seuls 2300 demandeurs d'asile, dont la situation individuelle a été jugée particulièrement grave, seront régularisés dans le cadre d'une amnistie. L'opposition souhaitait la clémence pour un plus grand nombre d'entre eux.

Deux tiers des Néerlandais s'étaient déclarés favorables à une amnistie plus large pour les demandeurs d'asile qui vivent depuis plus de cinq ans aux Pays-Bas, selon un sondage réalisé par l'institut NIPO le 14 février.

Dans plusieurs villes du pays, des manifestants s'étaient rassemblés la semaine dernière pour réclamer une amnistie plus généreuse.

De nombreuses voix s'étaient élevées pour dénoncer la longueur de la procédure du traitement des demandes d'asile sous l'ancienne législation, qui a laissé les candidats à l'exil plusieurs années dans l'incertitude et les voit contraints à quitter le pays alors qu'ils s'y sont adaptés.

Des organisations de défense des droits de l'homme avaient largement critiqué le projet. Le Conseil des Églises, une organisation regroupant 18 Églises des Pays-Bas, avait rappelé que de nombreux demandeurs d'asile «vivent des situations critiques: maux physiques et psychiques, familles déchirées, insécurité dans leurs pays».

L'organisation internationale de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) avait qualifié le projet de «loi de déportation violant les standards internationaux» en évoquant le sort des Somaliens, des Afghans et des Tchétchènes qui seront renvoyés dans des régions du monde où la violence et l'insécurité règnent toujours.

La ministre de l'Immigration, Rita Verdonk, est restée inflexible jusqu'au bout sur son projet et a affirmé à la presse qu'il «ne faut pas prendre les demandeurs d'asile pour des malheureux. Ils sont entourés d'avocats et d'assistants qui jouent sur les émotions des gens afin de déclencher un tollé dans les médias».