La Russie risque une épidémie de sida, selon l'ONU

Moscou — La Russie, l'Ukraine et l'Estonie, dont la progression des taux d'infection du virus VIH est parmi les plus rapides au monde, risquent «une épidémie généralisée» de sida, a révélé hier une étude du PNUD, qui appelle notamment les autorités russes à «prendre cette menace au sérieux».

«La croissance du nombre de personnes infectées ces dernières années en Estonie, en Russie et en Ukraine est l'une des plus élevées au monde», a déclaré le directeur du Programme de développement des Nations unies (PNUD), Mark Malloch Brown, en présentant l'étude à la presse à Moscou.

Ce rapport avertit les autorités des pays concernés «des risques d'une épidémie généralisée de VIH-sida», ajoute un communiqué.

Pour les 28 pays de l'Est de l'Europe et de la CEI (ex-URSS moins les États baltes) couverts par le rapport, les plus récentes estimations donnent entre 1,2 et 1,8 million de personnes infectées à la fin de 2003, contre un million à la fin de 2001.

Fin 2001, le taux d'infection de la population adulte atteignait 1 % en Ukraine, 0,9 % en Russie et 1 % en Estonie, alors que «la plupart des pays du centre et du sud-est de l'Europe ont un bas niveau d'épidémie».

Ce qui inquiète le plus les experts du PNUD est que «l'épidémie croît rapidement en Russie, en Ukraine et en Estonie». «Le VIH-sida ne va pas nécessairement dévaster la région tout entière. Mais l'épidémie dans de nombreux pays, particulièrement en Russie, en Ukraine et en Estonie, a progressé trop avant pour être vaincue de façon décisive à court et à moyen terme», note le rapport.

Le PNUD souligne que l'épidémie est «prédominante chez les hommes, urbains, jeunes, qui s'injectent des drogues, et chez leurs partenaires sexuels», alors qu'ailleurs dans le monde elle touche aussi bien les femmes que les hommes et se propage autant par rapports sexuels que par partage de seringues infectées.

M. Malloch Brown a lancé «un appel aux autorités russes pour qu'elles prennent cette menace au sérieux». Au delà du drame humain, la maladie représente un handicap pour le développement. Le rapport souligne le rôle des prisons comme «incubateurs du VIH», à cause d'un taux d'incarcération très élevé d'utilisateurs de drogues par injection et de prostitués, signalant qu'en Ukraine, 7 % des prisonniers étaient infectés par le VIH en 1999.