L’armée turque remaniée en profondeur

Le premier ministre turc, Binali Yildirim, et le chef de l’armée de terre turque, Ihsan Uyar, se sont rendus au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk durant la réunion.
Photo: Adem Altan Agence France-Presse Le premier ministre turc, Binali Yildirim, et le chef de l’armée de terre turque, Ihsan Uyar, se sont rendus au mausolée de Mustafa Kemal Atatürk durant la réunion.

Le premier ministre turc, Binali Yildirim, a rencontré jeudi la haute hiérarchie militaire pour remanier une armée laminée par le limogeage de près de la moitié de ses généraux depuis le putsch raté, dans le cadre d’une purge qui frappe de manière tout aussi implacable les médias.

Rien n’a filtré de la rencontre qui a duré cinq heures entre M. Yildirim et ce qu’il reste de la hiérarchie militaire turque après la purge radicale de l’armée. La télévision s’est bornée à montrer des généraux aux visages graves.

Annonce à venir

Une annonce pourrait intervenir vendredi après cette réunion qui devait décider du remplacement d’une partie du haut commandement. Signe de la défiance du pouvoir, la rencontre ne s’est pas tenue comme d’habitude au quartier général de l’armée, mais dans la résidence du premier ministre à Ankara.

Le ministre de l’Intérieur Efkan Ala a annoncé à l’agence TGRT Haber/Ihlas que la police serait désormais équipée d’armes lourdes, une mesure visiblement destinée à contrebalancer le pouvoir de l’armée.

Le pouvoir islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan a intensifié ces derniers jours « le grand ménage » destiné à mettre hors jeu les partisans du prédicateur exilé Fethullah Gülen qu’il accuse d’avoir ourdi le coup d’État, ce que nie ce dernier.

Réaction allemande

La chancelière Angela Merkel a redit la préoccupation de l’Allemagne face à la riposte turque au putsch. « Mon inquiétude porte sur le fait que les actions sont très dures et que le principe de proportionnalité ne prévaut pas toujours », a-t-elle dit devant la presse.

Au total 149 généraux et amiraux ont été exclus de l’armée mercredi pour leur « complicité dans la tentative de coup d’État », selon un décret officiel.

Parmi eux, 87 hauts gradés de l’armée de terre, 30 de l’armée de l’air et 32 de la marine. En outre, 1099 officiers ont été exclus pour cause d’indignité.

Jeudi, juste avant la réunion du YAS, deux des plus importants généraux ont démissionné : le chef de l’armée de terre, le général Ihsan Uyar, et le chef des « entraînements et de la doctrine de commandement », le général Kamil Basoglu, a rapporté l’agence de presse privée Dogan.

Une fraction de l’armée (environ 1,5 % selon des chiffres officiels) s’est soulevée contre le pouvoir dans la nuit du 15 au 16 juillet, s’emparant d’avions de chasse et d’hélicoptères et semant la panique dans les rues d’Ankara et d’Istanbul. Le putsch raté a fait 270 morts.

Purge médiatique

Outre l’armée, les médias sont en première ligne des purges avec l’annonce officielle mercredi de la fermeture de plus de 130 d’entre eux : 45 journaux, 16 chaînes de télévision, trois agences de presse, 23 stations de radio, 15 magazines et 29 maisons d’édition.

Certains étaient déjà injoignables jeudi et avaient cessé de diffuser. L’ex-journaliste de Today’s Zaman, Abdullah Bozkurt, qui a fondé une agence de presse après la reprise en main du quotidien par le pouvoir, a dénoncé sur son compte Twitter « la fermeture illégale » de son média.

Ces mesures viennent s’ajouter aux 89 mandats d’arrêts émis contre des journalistes entre lundi et mercredi. Le pouvoir les accuse d’être liés au réseau du prédicateur Gülen.

Le chef de la diplomatie Mevlut Cavusolgu a déclaré que l’Allemagne « devrait extrader » les juges et procureurs de « l’État parallèle » (les gulénistes) se trouvant sur son sol.

Légère hausse du flux migratoire en Grèce après le putsch raté

Athènes — Le flux migratoire sur les îles grecques, qui avait presque stoppé après l’accord UE-Turquie, a enregistré une légère hausse ces deux dernières semaines après le coup d’État raté en Turquie, selon les chiffres quotidiens publiés par le gouvernement grec. Depuis la signature le 20 mars de l’accord UE-Turquie, la moyenne du nombre d’arrivées sur les îles grecques n’était que de 30 migrants par jour, mais après le putsch raté du 15 juillet, cette moyenne est passée à 90, « une reprise toutefois qui ne suscite pas d’inquiétude pour le moment », a indiqué à l’AFP une source gouvernementale proche du dossier.
1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 28 juillet 2016 19 h 06

    Une Turquie emprisonnée

    La Turquie s'enfonce dans un régime dictatorial, à la Pinochet.

    M.L.