Haïti - Une nouvelle ville tombe aux mains de l'opposition armée

Gonaïves — D’anciens militaires et des rebelles ont attaqué un nouveau poste de police hier, tuant au moins trois policiers tandis que des partisans du président Jean-Bertrand Aristide tentaient des contre-attaques. Le président haïtien a déclaré qu’il avait demandé le conseil de l’Organisation des États américains (OEA).

Hinche, située à 130 km au nord-est de la capitale, est tombée hier aux mains d’opposants armés, ont annoncé des radios locales et des habitants. «Le sang a été versé dans Hinche», a déclaré Jean-Bertrand Aristide lors d’une conférence de presse tenue tard hier, ajoutant qu’il avait demandé une assistance technique de l’OEA. «Il se peut que la police ne puisse pas gérer ce type d’attaque.»
Selon des témoins, l’attaque de Hinche a été menée par Louis-Jodel Chamblain, un ancien soldat et milicien haïtien qui avait dirigé les escadrons militaires de la mort en 1987 ainsi que le groupe paramilitaire du FRAPH (Front pour l’avancement et le progrès haïtien) qui avait tué et mutilé des centaines de personnes entre 1991 et 1994. Désormais, les rebelles contrôlent la plupart des routes menant dans la région d’Artibonite, une riche zone agricole où vivent près d’un million de personnes, et détiennent le pouvoir dans une dizaine de villes. Au moins 56 personnes ont été tuées depuis le début de la rébellion à Gonaïves le 5 février visant à renverser Jean-Bertrand Aristide.
Hier, le président haïtien a refusé d’aborder les stratégies éventuelles pour mettre fin à la rébellion et n’a pas précisé s’il envisageait de demander une aide militaire. Il a toutefois assuré que le gouvernement utiliserait des moyens pacifiques pour réprimer ce soulèvement qui bloque les livraisons de nourriture, d’essence et de médicaments en Haïti.
«Un groupe de terroristes sont en train de briser l’ordre démocratique», a déclaré le président Aristide. «Nous avons la responsabilité d’utiliser la loi et le dialogue pour prendre une voie pacifique.»
L’opposition haïtienne a de son côté réaffirmé son option «pacifiste et légaliste» pour obtenir la démission du président haïtien, dont le mandat doit prendre fin en février 2006. «Nous réaffirmons notre foi et notre conviction dans la lutte pacifique et nous utilisons tous les moyens pacifiques que la Constitution a mis à notre disposition», a déclaré à l’AFP le socialiste Serge Gilles, un des dirigeants de la Plate-forme de la société civile et des partis de l’opposition. «Il y a deux oppositions, une légaliste à laquelle nous appartenons et une violente que nous n’approuvons pas», a souligné M. Gilles. «Nous rejetons la responsabilité de l’affaire des Gonaïves sur Jean Bertrand Aristide, c’est un problème inter-lavalas [le parti Lavalas au pouvoir], car ces gens se sont révoltés contre leur chef», a-t-il dit.
Les insurgés haïtiens viennent de recevoir le soutien d’anciens paramilitaires de l’ex-dictateur Raoul Cédras (1991-1994) avec à leur tête l’un de leurs chefs, Louis-Jodel Chamblain, et de l’ex-commissaire de police Guy Philippe. Tous deux sont revenus en Haïti alors qu’ils étaient en exil en République dominicaine voisine.
La Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) a lancé un nouvel appel «aux gouvernants et hommes politiques pour qu’ils prennent de façon urgente la décision salutaire qui s’impose» pour mettre fin à la violence.
L’ambassade des États-Unis a pour sa part annoncé que l’ambassadeur James Foley remettrait aujourd’hui à la mission spéciale de l’Organisation des États américains (OEA) en Haïti un chèque d’un million de dollars à titre de contribution spéciale américaine à cette mission.