La confrérie Gülen, galaxie aux contours flous

<p>Fondateur, animateur et inspirateur du mouvement, Fethullah Gülen est appelé « Hocafendi », ou « maître respecté ».</p>
Photo: Selahattin Sevi Associated Press

Fondateur, animateur et inspirateur du mouvement, Fethullah Gülen est appelé « Hocafendi », ou « maître respecté ».

Conspirateurs désignés par Erdogan pour justifier ses purges massives depuis le putsch avorté de vendredi, les partisans de Fethullah Gülen sont la cible depuis plus de trois ans de la répression en Turquie. Accusé par le président turc de former un « État parallèle », et considéré même comme une organisation terroriste, le mouvement du prédicateur exilé aux États-Unis apparaît comme un coupable idéal, par sa nature et ses activités difficiles à cerner.

Communauté ou confrérie religieuse, organisation sociale, multinationale économique, réseau d’influence, le « mouvement », comme préfèrent l’appeler ses adeptes, tient de tout cela à la fois. Il emprunte aux jésuites son élitisme et son opacité, au calvinisme son encouragement à l’entreprise socio-économique et son accent sur l’éducation et le travail, et aux francs-maçons la solidarité entre adeptes.

Hizmet (« le service »), comme le nomment les membres et sympathisants de la galaxie Gülen, compte des millions d’adeptes à travers le monde, même si aucun n’a une carte d’adhérent. Le mouvement gère près de 2000 établissements d’enseignement dans plus de 140 pays sur les cinq continents : des centres de réflexion et de recherche, des médias, des associations humanitaires et sociales ainsi que des maisons d’édition et des librairies. Des industries et des établissements financiers sont liés au réseau par les cadres et entrepreneurs qui y travaillent. Il dispose surtout des fondations solides de toute entreprise d’influence : un chef inspiré, une philosophie, des structures diverses, un système de financement et un plan de développement.

Fondateur, animateur et inspirateur du mouvement, Fethullah Gülen est appelé « Hocafendi », ou « maître respecté ». Le culte de sa personne est très développé chez ses partisans. « Ils le perçoivent comme une quasi-divinité, un dirigeant de l’islam contemporain qui va émanciper la société turque, puis celles d’autres pays musulmans », écrit l’universitaire américain Christopher Holton dans une étude à charge contre Gülen, considérant qu’il contribue à « civiliser le djihad ».

Le site Internet qui porte son nom affiche la vie, les oeuvres et les pensées du saint homme, à toutes les étapes de son parcours, dans tous ses rôles et en diverses circonstances. Depuis son exil aux États-Unis, où il a fui en 1999 les militaires laïques turcs, l’ancien prédicateur continue d’inspirer et de veiller sur son immense créature.

Éducation

La première ambition du mouvement qu’il a lancé dans les années 70 était l’émergence d’un nouvel homme musulman. C’est pourquoi l’éducation est à la base du réseau Gülen. Un système pédagogique, semblable à d’autres écoles d’élite, est utilisé dans ses établissements. « Une quinzaine d’élèves par classe, un enseignement personnalisé, une participation des parents, un apprentissage des langues dès le primaire, mais pas d’enseignement religieux », résume Nihat Sarier. Actif dans le réseau Hizmet, ce Turc né en France, où il existe deux groupes scolaires du mouvement, affirme que l’objectif est de faire sortir de ces écoles « de bons citoyens plutôt que de bons musulmans ».

La stratégie d’intégration des partisans Gülen en Europe et aux États-Unis attire des exilés turcs, qui à leur tour font carrière et réussissent dans les affaires, apportant plus d’influence et de revenus au mouvement. Ses ressources sont estimées à 50 milliards de dollars (65,2 milliards $CAN). Mais en réalité, elles restent très difficiles à évaluer. .

Organisation tentaculaire, le réseau compte de nombreux détracteurs dans la société turque, qui redoutent l’influence de cette confrérie islamiste opposée à la laïcité. Ennemis d’hier, laïques et gülenistes se retrouvent aujourd’hui mis dans le même sac par Erdogan.

2 commentaires
  • René Pigeon - Abonné 22 juillet 2016 19 h 54

    Concurrencer et remplacer la vision des dirigeants sunnites Arabes et chiites Iraniens ?

    Est-ce que Gülen et sa confrérie visent à « émanciper la société turque, puis celles d’autres pays musulmans » au point de concurrencer et de se substituer aux visions des dirigeants sunnites Arabes et chiites Iraniens ?

  • René Pigeon - Abonné 22 juillet 2016 20 h 08

    Concurrencer et remplacer la vision des dirigeants sunnites Arabes et chiites Iraniens ?

    Le reportage m’a appris des choses importantes sur la Gülen et sa confrérie mais certains passages relatant les intentions de Gülen me semblent contradictoires, notamment :
    Fondateur, animateur et inspirateur du mouvement, Fethullah Gülen est appelé « Hocafendi », ou « maître respecté ». Le culte de sa personne est très développé chez ses partisans. « Ils le perçoivent comme une quasi-divinité, un dirigeant de l’islam contemporain qui va émanciper la société turque, puis celles d’autres pays musulmans », écrit l’universitaire américain Christopher Holton dans une étude à charge contre Gülen, considérant qu’il contribue à « civiliser le djihad ».
    « Une quinzaine d’élèves par classe, un enseignement personnalisé, une participation des parents, un apprentissage des langues dès le primaire, mais pas d’enseignement religieux », résume Nihat Sarier. Actif dans le réseau Hizmet, ce Turc né en France, où il existe deux groupes scolaires du mouvement, affirme que l’objectif est de faire sortir de ces écoles « de bons citoyens plutôt que de bons musulmans ».

    Est-ce que Gülen et sa confrérie visent à « émanciper la société turque, puis celles d’autres pays musulmans » au point de concurrencer et de se substituer aux visions des dirigeants sunnites Arabes et chiites Iraniens ?