Dialogue de sourds entre l’OTAN et la Russie

L’OTAN et la Russie ont tenté de reprendre langue mercredi pour la première fois depuis le sommet de Varsovie qui a entériné le déploiement de 4000 soldats à l’Est en réponse à la crise en Ukraine, mais l’exercice a viré au dialogue de sourds.

« Il n’y a pas eu de convergence de vues aujourd’hui », a reconnu le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, après presque trois heures d’échanges entre les ambassadeurs des 28 pays de l’Alliance et leur homologue russe, Alexandre Grouchko.

« Nous avons eu une discussion ouverte, franche, et l’atmosphère était bonne, mais nous n’étions pas d’accord », a constaté M. Stoltenberg, saluant malgré tout « une occasion importante de clarifier nos positions respectives ».

Le conflit en Ukraine, qui a envenimé les relations entre l’OTAN et la Russie comme jamais de la fin de la guerre froide, reste la principale pomme de discorde. « Les actions de la Russie en Ukraine ont sapé la sécurité dans la zone euro-atlantique », a affirmé M. Stoltenberg, condamnant à nouveau l’annexion en 2014 de la Crimée par la Russie.

Pendant leur sommet le week-end dernier à Varsovie, les dirigeants de l’Alliance ont entériné une nouvelle montée en puissance militaire à l’Est, avec le feu vert donné au déploiement de quatre bataillons multinationaux dans les trois pays baltes et en Pologne à partir de 2017.

Encadrés par les États-Unis, le Canada, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ces bataillons devraient compter entre 600 et 1000 hommes chacun.

Leur déploiement près de la frontière russe a suscité le courroux de Vladimir Poutine, qui a accusé fin juin l’OTAN de vouloir entraîner son pays dans une course aux armements « frénétique » et de rompre « l’équilibre militaire » en vigueur en Europe depuis la chute de l’URSS, fin 1991.

Ces mesures « excessives et contre-productives nous ramènent à une atmosphère de guerre froide », a dénoncé l’ambassadeur de Russie mercredi devant la presse. « Le modèle de confrontation qui nous est imposé [par l’OTAN] ne nous intéresse pas », a-t-il martelé.

Certains pays de l’Alliance, à commencer par la France et l’Allemagne, insistent depuis des mois pour que l’OTAN, sans renier sa fermeté, tente de renouer le dialogue, notamment pour éviter une escalade en cas d’incidents.

Toute coopération pratique avec Moscou reste interrompue, mais c’était la deuxième fois depuis fin avril que les ambassadeurs des pays de l’OTAN et leur homologue se retrouvaient dans le cadre du « Conseil OTAN-Russie », une instance de dialogue assoupie ces deux dernières années.