L’OTAN prend pied dans l’est de l’Europe

Varsovie — L’OTAN a parachevé vendredi le renforcement de sa présence militaire dans l’est de l’Europe face aux agissements russes et réaffirmé ses liens avec l’UE, ébranlée par le Brexit.

Barack Obama, qui assistait à Varsovie à son dernier sommet de l’OTAN, a mis en garde de son côté contre un Brexit qui traînerait en longueur et nuirait à la stabilité financière et à la sécurité en Europe.

« Personne n’a intérêt à des négociations conflictuelles et prolongées » sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE, a lancé le président américain, notant que la relation transatlantique vivait « peut-être son moment le plus important depuis la fin de la guerre froide ».

Les États-Unis s’inquiètent des risques qu’une telle incertitude ferait peser sur l’économie mondiale. La Grande-Bretagne, puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, pourrait aussi perdre en influence en quittant l’UE et, par ricochet, affaiblir l’Europe.

« La Grande-Bretagne ne va pas jouer un rôle moindre dans le monde », a assuré le premier ministre britannique démissionnaire, David Cameron, à son arrivée au sommet.

L’UE et l’OTAN ont par ailleurs annoncé un renforcement de leur coopération, notamment dans l’échange de renseignements.

L’Alliance doit se doter de puissants drones basés en Sicile et appuyer par du renseignement l’opération navale de l’UE contre les passeurs de migrants et le trafic d’armes en Méditerranée.

Deux ans après le sommet de Newport, dans le Pays de Galles, qui avait pris acte de la nouvelle donne en Europe après l’annexion de la Crimée par la Russie, les 28 pays membres de l’OTAN ont mis la dernière touche à leur nouvelle posture stratégique à l’Est.

Ils ont décidé d’envoyer quatre bataillons (600 à 1000 hommes chacun) dans les pays baltes et en Pologne afin de dissuader la Russie de tout aventurisme territorial.

Ils seront encadrés par les États-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et le Canada (voir encadré), qui fourniront le gros des troupes, avec la participation à moindre échelle d’autres pays de l’Alliance atlantique, comme la France et la Belgique (150 hommes chacune).

Au risque de provoquer l’ire de Moscou, l’OTAN a par ailleurs donné le coup d’envoi à la constitution de son bouclier antimissile en Europe, qui dispose dorénavant d’une « capacité opérationnelle initiale ». Les installations, basées en Turquie, en Roumanie et en Espagne, « sont maintenant en mesure de fonctionner sous un commandement de l’OTAN et un contrôle de l’OTAN », a annoncé Jens Stoltenberg.

Ottawa renforce sa présence militaire sur le continent

Varsovie — Le Canada déploiera sa plus importante présence militaire en Europe depuis la guerre froide. Le premier ministre, Justin Trudeau, a confirmé vendredi que le Canada enverrait en Lettonie des centaines de militaires, de même qu’une frégate et jusqu’à six avions de chasse ailleurs en Europe de l’Est, afin de contribuer au déploiement de force dans cette région de l’OTAN. Les six CF-18 canadiens contribueront occasionnellement à patrouiller dans l’espace aérien de l’Alliance. Pour ce qui est des frégates, le pays continuera à en déployer dans la région, comme il le fait depuis avril 2014. Le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, a révélé, en marge du sommet, que 450 militaires canadiens ainsi que des véhicules blindés seront déployés. Il a déclaré que le pays formera le « noyau » du bataillon de 1000 soldats en Lettonie, mais n’a pas précisé la durée de la mission. Les premiers militaires canadiens pourraient cependant être déployés dès l’an prochain.
2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 9 juillet 2016 08 h 45

    Le rapport de force

    Après son appropriation illégale de la Crimée et son intervention dans l'est de l'Ukraine, personne ne peut être naïf quant au mode de fonctionnement du gouvernement Poutine; ce dernier ne respecte que la force. L'OTAN a donc tout à fait raison d'agir comme elle le fait.


    Michel Lebel

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 9 juillet 2016 13 h 04

    Serait-ce que...

    Samuel Saul, dans son article "Les risques d'une crise internationale en août 2016" (Le Devoir, 7 juillet 2016)...aurait vu juste?

    C'est à donner "froid" dans le dos....
    Nos gouvernements n'en sont pas à une crise près...déclenchée pour des raisons
    nébuleuses. ex: l'Irak et son gâchis...

    Là où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie