Irak - L'ONU écarte des élections rapides

Bagdad — La mission de l'ONU en Irak a écarté hier la possibilité de tenir des élections directes avant le transfert des pouvoirs le 30 juin, tout en assurant que les Nations unies voulaient s'impliquer dans toutes les étapes du scrutin.

«Les élections auront lieu quand le pays sera prêt, et ce sera après le transfert des pouvoirs de la coalition» aux Irakiens, le 30 juin, a affirmé le porte-parole de la mission, Ahmad Fawzi, dans un entretien à la radio de BBC.

«Nous sommes tous d'accord sur le fait que les élections sont très importantes, mais les Irakiens doivent savoir qu'il s'agit d'un processus très compliqué qui ne peut avoir lieu sans une bonne préparation», a déclaré de son côté le chef de cette mission, Lakhdar Brahimi, lors d'une conférence de presse. Il a affirmé que les élections devraient se tenir «au moment opportun, une fois les procédures nécessaires effectuées».

Dans la matinée, il avait assuré que les élections ne devaient pas être «assujetties à un délai», à l'issue d'une rencontre avec le Conseil de gouvernement transitoire irakien.

Le responsable onusien semblait ainsi aller à contre-courant des demandes de l'ayatollah Ali Sistani, figure symbolique de la communauté chiite majoritaire en Irak, qui réclame des élections directes avant le 30 juin.

Il a en revanche fait un geste en sa direction en assurant que «l'ONU souhaiterait être présente à chacune des étapes à partir de maintenant» dans le but d'aider les Irakiens qui «préfèrent un retour de la souveraineté plus tôt que tard».

«Pouvoirs limités»

Si les élections se tiennent après le 30 juin, les instances irakiennes qui auront reçu le pouvoir des Américains auront des «pouvoirs limités», a encore précisé le responsable de l'ONU, ajoutant que des discussions sur cette question se poursuivaient.

M. Brahimi a précisé que le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, pourrait remettre ses conclusions sur la tenue des élections dans huit à dix jours.

Le représentant de l'ayatollah Sistani dans la ville sainte chiite de Kerbala (sud de Bagdad) a toutefois qualifié de «grande victoire» l'avis favorable de l'ONU, selon lui, à la tenue d'élections générales.

Un dirigeant religieux sunnite a au contraire estimé que les élections devraient avoir lieu après la fin de l'occupation. «Les occupants veulent favoriser une partie au détriment de l'autre», a déclaré cheikh Ahmed Abdel Ghafour après la prière à la mosquée Oum al-Qoura de Bagdad, dans une allusion explicite à la communauté chiite.

M. Brahimi s'est par ailleurs dit inquiet de la situation en Irak et a mis en garde les dirigeants et la population contre une guerre civile.

Depuis son arrivée samedi dernier à Bagdad, l'équipe de l'ONU a rencontré des dirigeants politiques irakiens, des représentants de la société civile et l'administrateur américain en Irak Paul Bremer.