Londres tente d’apaiser les inquiétudes

La Grande-Bretagne a promis mercredi de tenir ses engagements contre le réchauffement mondial malgré le Brexit, mais des experts redoutent l’impact de son départ de l’UE sur l’action climatique européenne.

« Nous nous sommes clairement engagés à agir contre le changement climatique. […] Cela continuera », a assuré la secrétaire d’État britannique à l’Énergie et au Changement climatique, devant un parterre de p.-d.g. et responsables climat réunis à Londres mardi et mercredi pour un « Business and Climate Summit ».

« La décision de la semaine dernière [le départ britannique de l’UE] risque de rendre le chemin plus ardu », a admis Amber Rudd. Mais « nos efforts ont été essentiels pour aboutir à cet accord historique [de Paris]. Le Royaume-Uni ne renoncera pas à ce rôle de chef de file », a-t-elle ajouté.

Une onde de choc

Au-delà de l’action britannique, c’est une onde de choc de l’autre côté de la Manche que craignent les acteurs de la lutte climatique, six mois après l’accord mondial obtenu à Paris pour limiter les gaz à effet de serre (GES).

Pour eux, cet événement risque d’ébranler l’action de l’Europe. Et plus la procédure de divorce entre Londres et Bruxelles durera, plus les dégâts seront lourds, préviennent-ils, redoutant aussi que d’autres s’inspirent des désirs d’autonomie britanniques.

« Il va y avoir un peu d’incertitude, de transition et de la volatilité pendant au moins deux ans » dans la politique de l’UE, a prévenu mardi la responsable climat de l’ONU, Christiana Figueres, devant la même assemblée.

Au mieux, cette sortie devrait générer un casse-tête comptable et administratif, car l’accord de Paris a été négocié sur la base d’un bloc européen de 28 pays, qui s’est engagé à réduire ses émissions de 40 % d’ici 2030 par rapport à 1990.

« L’UE devra étudier un certain recalibrage » du partage des efforts de réductions d’émissions entre les pays, a expliqué Mme Figueres.

L’affaire promet aussi de compliquer la situation de certaines entreprises qui doivent anticiper les changements liés au réchauffement climatique.

« Au sein de la communauté des affaires, le temps passé sur cette question du Brexit va nous détourner des décisions importantes que nous aurions à prendre ailleurs », estime Peter Sweatman, p.-d.g. de la société de conseil Climate Strategy.

Les plans de réduction des GES

D’autres redoutent que le Brexit freine la capacité de l’UE, 3e émetteur mondial, à revoir rapidement à la hausse ses plans de réduction des gaz à effet de serre, mesure pourtant attendue de la part des grands émetteurs si le monde veut rester sous le seuil critique de +2 °C de réchauffement.

« Le rôle d’aiguillon de l’Europe sur le climat va s’en trouver réduit », estime Nick Mabey, du think tank londonien E3G. « Et cela va affecter la motivation d’ensemble ». « Bientôt, vous verrez tout le monde dévier de la trajectoire de 2°, et c’est là que nous entrerons dans les zones de danger climatique », avertit-il.

Dans l’accord de Paris, la communauté internationale s’est engagée à limiter le réchauffement sous 2 °C, voire 1,5°, par rapport au niveau d’avant la Révolution industrielle. Au-delà, les scientifiques promettent à la planète des événements extrêmes à répétition, des conséquences désastreuses pour les espèces et pour les économies.

Or les engagements nationaux pris à ce stade contre les gaz à effet de serre conduisent le monde vers +3 °C. Combler ce fossé est devenu une question prioritaire pour les 195 États parties à l’accord.

Historiquement, l’Europe — en partie sous l’impulsion britannique — a été un leader dans la lutte contre le réchauffement mondial, jouant les médiateurs auprès des pays réticents au partage des efforts.

Alors que des partis d’extrême droite ont appelé, en France ou aux Pays-Bas, à des référendums sur la sortie de l’UE, le scénario du pire serait, aux yeux des avocats du climat, que d’autres États suivent la Grande-Bretagne. « Si l’Europe commençait vraiment à se désintégrer, on aurait du mal à préserver les politiques européennes [en faveur du climat], qu’il s’agisse de normes d’émission, d’énergies propres ou de marché de l’énergie », souligne Nick Mabey.