«Nous n’allons pas vivre dans la peur»

Des vigiles ont été organisées, dont une à New York.
Photo: Kena Betancur Agence France-Presse Des vigiles ont été organisées, dont une à New York.

Londres — Plusieurs milliers de personnes ont participé lundi soir à une veillée à Londres pour dire, comme à Dublin, Berlin, Sydney ou Paris, leur effroi après le carnage dans un club gai d’Orlando et leur refus de céder à la peur.

Dans le quartier central de Soho, à proximité du pub gai Admiral Duncan, qui avait été la cible d’un attentat à la bombe perpétré par un néonazi en 1999 (trois morts), les drapeaux arc-en-ciel flottaient au-dessus d’une foule évaluée à près de 7000 personnes. Celles-ci ont observé deux minutes de silence avant de libérer 49 ballons aux couleurs vives correspondant au nombre des morts dans la discothèque américaine. « Nous sommes là, nous sommes gais, nous n’allons pas vivre dans la peur », ont scandé les participants.

« C’est une question de solidarité, c’est une façon de nous faire entendre, d’essayer de dire que l’amour l’emporte », a déclaré à l’AFP Julius Reuben, un Londonien de 35 ans arborant une longue robe noire et des talons aiguilles.

À Amsterdam, capitale des Pays-Bas, premier pays à avoir légalisé le mariage entre personnes du même sexe, en 2000, plusieurs centaines de personnes se sont retrouvées dans le centre-ville, au monument à la mémoire des victimes homosexuelles du Troisième Reich. Le vice-premier ministre, Lodewijk Asscher, y a notamment déposé des fleurs.

« Nous devons rester unis, défendre notre mode de vie et ne pas céder », a déclaré dans l’après-midi à l’AFP Helmut Metzner, 47 ans, militant de la Fédération gaie et lesbienne allemande, au cours d’un rassemblement devant l’ambassade des États-Unis à Berlin.

Dans la capitale allemande, mais aussi à Sydney, Bangkok, Tel-Aviv ou Paris, des milliers de personnes ont signé des registres de condoléances, déposé des fleurs et allumé des bougies à la mémoire des victimes de la fusillade.

Communauté « menacée »

L’attentat survenu dans la nuit de samedi à dimanche a créé un choc chez les homosexuels qui, s’ils sont fréquemment la cible d’attaques meurtrières dans le monde, n’avaient jamais été visés par une tuerie de cette ampleur.

« Cet événement tragique nous rappelle à quel point notre communauté est en danger, menacée dans son existence même », a regretté l’association israélienne La Maison ouverte.

Pas question pour autant de céder à la panique. Un défilé de la fierté gaie prévu pour le 2 juillet à Paris aura bien lieu. « L’annuler serait reconnaître la victoire à ceux qui tentent de nous faire peur », a expliqué une porte-parole de l’Inter LGBT, qui fédère une soixantaine d’associations françaises. Celui du 25 juin à Londres bénéficiera d’un encadrement policier « significatif et visible », a souligné Scotland Yard.

Par « solidarité » à l’égard des homosexuels, de grandes villes connues pour leur tolérance envers les minorités sexuelles ont décidé de hisser le drapeau arc-en-ciel, adopté par les lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT).

La tour Eiffel s’est illuminée de ces sept couleurs à la nuit tombée, tout comme l’ont fait plus tôt l’ambassade américaine à Stockholm, les mairies de Tel-Aviv et de New York ou le Sydney Harbour Bridge, pont emblématique de cette métropole australienne.

Sous le mot-clic #loveislove, de nombreux internautes, illustres ou inconnus, ont fait écho à ces initiatives, écrivant des messages « contre l’homophobie », publiant des photos de femmes qui s’embrassent ou, comme Madonna, d’hommes enlacés.

Les réseaux sociaux peinaient toutefois à filtrer les contenus homophobes.

Réactions ambiguës

Sans aller jusque-là, les réactions officielles n’étaient pas exemptes d’ambiguïté.

De Washington à Moscou en passant par Pékin, le Vatican ou la Ligue arabe, les dirigeants ont condamné à l’unisson un « acte de terreur et de haine », selon les termes du président Barack Obama.

Tous, même dans des pays comme l’Égypte où l’homosexualité est sévèrement réprimée, ont adressé leurs condoléances aux proches des victimes et au peuple américain. Mais nombre d’entre eux ont occulté le caractère homophobe de la tuerie. En Pologne, le silence de l’exécutif a suscité la déception des militants de la cause gaie.

 

Regardez ce reportage en anglais sur l'incendie criminel à l'UpStairs Lounge le 24 juin 1973 en Nouvelle-Orléans. Trente-deux personnes furent tuées. C'est l'attaque la plus meurtrière à l'encontre de la communauté LGBT américaine jusqu'à la fusillade du 12 juin 2016 à Orlando. À 1 min 3 s de ce reportage, le journaliste mentionne que les hommes sortaient souvent dans les bars avec de fausses cartes de peur d'être identifiés. Après l'incendie de l'UpStairs Lounge, ça a compliqué la tâche des autorités, qui voulaient identifier les blessés et les morts.


De nombreuses attaques homophobes

2 août 2009 Un individu masqué ouvre le feu dans un centre d’aide aux adolescents homosexuels de Tel-Aviv. Un homme de 26 ans et une femme de 17 ans sont tués, tandis que 15 personnes sont blessées. Le suspect n’a jamais été retrouvé.

22 septembre 2000 L’ex-marine Ronald Gay fait feu dans un bar gai de Roanoke, en Virginie, et tue un homme de 43 ans. Il expliquera plus tard aux autorités qu’il en avait assez de se faire taquiner à propos de son nom de famille.

30 avril 1999 Le pub Admiral Duncan de Londres est la cible d’un attentat à la bombe perpétré par le néonazi David Copeland. Trois personnes meurent et 70 autres sont blessées.

22 décembre 1993 Le gérant du groupe AC/DC, Crispin Dye, est battu à mort à Sydney. L’enquête sur cet incident sera rouverte une vingtaine d’années plus tard : sa mort fait partie des 88 cas que les autorités australiennes tentent encore aujourd’hui de lier aux crimes homophobes qui ont secoué Sydney dans les années 1970 à 1990.

19 mars 1989 Le Montréalais Joe Rose est battu et poignardé à mort dans un autobus qui approche de la station de métro Frontenac, dans l’est de l’île. L’homme de 23 ans a été ciblé parce qu’il avait les cheveux roses.

18 novembre 1980 L’ex-policier Ronald K. Crumpley tire 40 balles en direction d’un groupe d’hommes rassemblés devant les bars gais Ramroad et Sneakers, à New York. Il tue quatre personnes et en blesse six autres.

27 novembre 1978 L’homme politique et militant Harvey Milk et le maire de San Francisco George Moscone sont assassinés à la mairie de la ville californienne.

24 juin 1973 Un incendie criminel fait 32 morts dans un bar gai de La Nouvelle-Orléans, l’Upstairs Lounge.
 
Marie-Michèle Sioui