Le chef du Centcom esquive les roquettes

Bagdad — Le chef du Commandement central des forces américaines (Centcom), John Abizaïd, a échappé hier à une attaque aux roquettes à Falloujah, près de Bagdad, alors que l'ONU s'est prononcée pour la tenue d'élections directes en Irak mais vraisemblablement pas d'ici l'été.

Le général Abizaïd et le général Charles Swannack, le commandant de la 82e division aéroportée, «visitaient le quartier général des forces de la défense civile irakienne lorsque trois RPG ont été tirées sur le convoi à partir des toits voisins», a déclaré le général Mark Kimmitt, directeur adjoint des opérations militaires américaines.

«Aucun soldat ni civil n'ont été atteints» par les tirs, a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Bagdad. «Les soldats de la coalition et les membres de la défense civile ont riposté aux tirs et pourchassé les assaillants» à Falloujah, à 50 km à l'ouest de Bagdad. Selon lui, les généraux Abizaïd et Swannack n'étaient pas directement visés par l'attaque. Affirmer que les roquettes aient spécifiquement visé les deux hommes, profitant d'une faille dans la sécurité, «c'est un pas que nous ne sommes pas prêts à franchir pour l'instant», a-t-il affirmé.

Selon la police irakienne, deux civils irakiens ont été tués par les tirs de riposte des soldats américains, mais l'armée américaine a affirmé ne pas avoir d'informations pour l'instant sur ces décès.

Le général Kimmitt a par ailleurs affirmé que le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, dont la tête a été mise à prix par Washington pour dix millions de dollars, était le «suspect numéro un» dans les attentats sanglants survenus en 2003 à Najaf et contre les bureaux de l'ONU dans la capitale. Cet homme, soupçonné d'être lié au réseau al-Qaïda, est «le pire terroriste qui puisse se trouver en Irak», possédant tout un réseau de contacts à travers l'Europe, l'Asie, l'Afrique et le Moyen-Orient, a-t-il ajouté.

Sur le plan politique, le chef de la mission de l'ONU en Irak, Lakhdar Brahimi, a proposé un compromis entre la position de la coalition dirigée par les États-Unis et celle du grand ayatollah chiite Ali Sistani, en se prononçant pour la tenue d'élections directes mais vraisemblablement pas d'ici l'été.

Cheikh Sistani «est totalement dans son droit de demander la tenue d'élections et nous sommes tout à fait d'accord avec lui car c'est le meilleur moyen pour résoudre le problème irakien», a-t-il dit après une réunion à Najaf avec le dirigeant spirituel de la communauté chiite d'Irak, qui représente 60 % de la population. «Nous sommes aussi d'accord avec lui sur le fait qu'il faut qu'elles se tiennent dans les meilleures conditions et soient bien préparées pour obtenir les résultats attendus par lui et par le peuple irakien», a ajouté le chef de la délégation chargée par le secrétaire général Kofi Annan, d'étudier la faisabilité d'un tel scrutin.

Cheikh Sistani réclame que l'Assemblée transitoire, qui doit être mise en place d'ici au 31 mai, soit issue d'élections directes. L'accord du 15 novembre 2003, signé entre la coalition et le Conseil de gouvernement transitoire irakien et fixant les étapes du transfert de souveraineté d'ici à la fin 2005, stipule au contraire que les membres de l'Assemblée seront issus d'un scrutin indirect.

Le secrétaire d'État américain, Colin Powell, a estimé hier devant la commission des Affaires étrangères du Sénat qu'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité pourrait être nécessaire pour renforcer le rôle de l'ONU en Irak après le transfert de souveraineté aux Irakiens, en principe prévu fin juin. Powell a souligné qu'après ce transfert, l'ONU devra «être présente en Irak avec beaucoup de force et d'autorité, pour aider à rédiger la Constitution définitive et aider à organiser des élections générales en vue d'une assemblée représentative».

dont sortira un gouvernement répondant aux voeux des Irakiens».