Même «déçu», Washington rejette un changement de régime en Haïti

Port-au-Prince — Le centre de la capitale de Haïti, Port-au-Prince, a été envahi hier par plusieurs centaines de partisans du président Jean-Bertrand Aristide voulant empêcher une manifestation de l'opposition, finalement annulée par peur de violences.

«Nous sommes ici pour empêcher l'opposition terroriste de prendre d'assaut un commissariat», a expliqué à l'AFP Herold Geffrad, l'un de ces partisans. Autour de lui, des centaines de jeunes avaient érigé plus tôt des barricades de pneus enflammés afin de bloquer les artères donnant accès à la place du «Canapé vert», où avait été convoquée la manifestation de l'opposition.

Ces jeunes membres des Organisations populaires (OP) du parti Lavalas ont réclamé que le président reste en fonction jusqu'au terme de son mandat, en 2006. Par crainte de violences, l'opposition a annulé sa manifestation, comme elle l'avait déjà fait dimanche.

«La vie des manifestants est menacée», a déclaré le socialiste Micha Gaillard, un des dirigeants de l'opposition. «Nous ne voulons pas tomber dans la provocation violente et éviter l'amalgame» avec l'insurrection armée lancée il y a une semaine, précise un communiqué de l'opposition. Depuis le 5 février, la ville des Gonaïves, quatrième localité du pays, est aux mains d'un groupe armé qui réclame la démission du président Aristide.

Le secrétaire d'État américain, Colin Powell, a assuré que les États-Unis ne visaient pas à un «changement de régime» mais à trouver une «solution politique et constitutionnelle». Il s'est toutefois déclaré «déçu» par l'incapacité d'Aristide à bâtir une démocratie stable. M. Powell a ajouté qu'il participerait aujourd'hui à Washington à une réunion avec son homologue canadien Bill Graham et avec des responsables des pays de la communauté des pays de la région caraïbe (Caricom). La réunion examinera la possibilité, pour le Canada et les pays du Caricom, d'envoyer un «soutien policier» en Haïti.