Diplomate américain à Tripoli et promesse de sommet Blair-Kadhafi

Washington — Les États-Unis ont indiqué hier qu'un diplomate américain travaillait actuellement à plein temps à Tripoli, pour la première fois en près de 25 ans, marquant un nouveau pas dans le rapprochement en cours entre les deux pays. Ce diplomate travaille au sein de l'ambassade de Belgique, qui assure la représentation des intérêts américains en Libye depuis 1980. Un autre diplomate se trouve dans la capitale libyenne à temps partiel, selon le département d'État.

La réintégration progressive de la Libye dans la communauté internationale s'est également traduite hier par une visite à Londres de son ministre des Affaires étrangères, Abdel Rahman Chalgham, assortie d'une promesse de rencontre entre le premier ministre britannique Tony Blair et le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

Une normalisation des relations américano-libyennes est à l'ordre du jour depuis que la Libye s'est engagée, en décembre dernier, à abandonner tout programme d'armes de destruction massive (ADM), à la suite de plusieurs mois de négociations secrètes avec Washington et Londres.

Cette avant-garde diplomatique américaine vise «à faciliter les efforts des experts américains qui assistent la Libye» pour éliminer ces programmes d'ADM, a indiqué le porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères, Richard Boucher.

Le travail consulaire classique continue d'être assuré par les diplomates belges pour les compte des États-Unis.

Le personnel diplomatique américain avait été retiré de Tripoli en décembre 1979 à la suite de la mise à sac de l'ambassade par des manifestants, et les intérêts américains dans ce pays sont représentés depuis 1980 par la Belgique. L'ambassade libyenne à Washington est fermée depuis mai 1981.

«Nous devrions désormais avoir des diplomates à Tripoli sur une base régulière, alors que ce travail se poursuit», a ajouté le porte-parole.

Interrogé sur la possibilité d'un retour de diplomates libyens aux États-Unis, M. Boucher a indiqué qu'il «s'attendait à ce que tôt ou tard, probablement plus tôt que tard, les Libyens aient des diplomates à Washington».

Vers une levée des sanctions

Les États-Unis ont salué cette décision et indiqué qu'ils étudieraient la levée de leur important arsenal de sanctions économiques et de mesures d'isolement de ce pays en fonction des progrès concrets accomplis dans ce dossier.

La normalisation des relations pourrait se poursuivre par une levée de l'interdiction faite aux Américains de se rendre en Libye pour des raisons de sécurité. Cette disposition vient à échéance à la fin de ce mois. Cette mesure pourrait préparer un retrait de la Libye de la liste américaine des pays soutenant le terrorisme international, où Tripoli figure avec la Corée du Nord, la Syrie, l'Iran et Cuba, ainsi qu'un possible assouplissement des sanctions économiques américaines.

La bonne volonté libyenne s'est notamment traduite par l'envoi dans le pays d'inspecteurs américains et d'inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

La Libye a également expédié en janvier des documents et des équipements sensibles, notamment des pièces de centrifugeuses qui servent à enrichir l'uranium, stockés dans un entrepôt sécurisé au Tennessee. Une délégation d'élus américains s'est également rendue en Libye pour une visite de 48 heures, fin janvier.

Le secrétaire d'État adjoint chargé du Proche-Orient, William Burns, avait salué vendredi dernier à Londres «les progrès remarquables» réalisés par la Libye pour mettre en pratique sa décision de renoncer aux armes de destruction massive, à l'issue d'une rencontre avec des représentants libyens et britanniques.

La possibilité de «nommer un petit nombre de personnes dans les capitales respectives, étant donné l'absence d'ambassades en activité», avait été discutée à cette occasion, avait-il indiqué dans un communiqué.