Les attaques contre les «collaborateurs» se poursuivent en Irak - Attentat à la voiture piégée contre un commissariat de police

«C’est typique des attentats perpétrés contre les symboles de l’autorité irakienne», a commenté un officier américain.
Photo: Agence Reuters «C’est typique des attentats perpétrés contre les symboles de l’autorité irakienne», a commenté un officier américain.

Iskandaria — Une cinquantaine de personnes ont trouvé la mort hier matin dans l'explosion d'une voiture piégée devant un commissariat de police de la bourgade d'Iskandaria, à 40 km au sud de Bagdad.

Quelques heures auparavant, un kamikaze s'était fait exploser devant la maison du chef de la tribu des al-Douleimi, à Ramadi, à 110 km à l'ouest de la capitale irakienne. Quatre gardes du corps de ce notable, qui préside l'autorité locale nommée par les Américains, ont été blessés. Ramadi est situé au coeur du «triangle sunnite», où les sentiments antiaméricains sont les plus forts.

Ces attaques s'inscrivent dans le cadre de l'offensive lancée contre les Irakiens considérés comme des «collaborateurs» de l'Autorité provisoire de la coalition (APC) qui dirige le pays depuis le renversement, le 9 avril, du président Saddam Hussein.

À Iskandaria, l'envoyé spécial de Reuters a dénombré une vingtaine de corps au moins devant l'hôpital. Mais le directeur de cet établissement proche du commissariat, Razak Jannabi, est formel: «Trente corps ont déjà été transportés ici et je pense que le bilan va s'alourdir et qu'il atteint déjà 49.» Un médecin, le Dr Tahsim Ahmad, a pour sa part déclaré à Reuters: «Il y a une cinquantaine de martyrs, dont 30 ont été identifiés, et des dizaines de blessés».

Combattants étrangers

De son côté, l'armée américaine a confirmé la mort d'au moins 35 personnes, des civils pour la plupart, tandis que 75 personnes ont été blessées. Le général Mark Kimmitt a expliqué que la bombe contenait environ 225 kg d'explosifs. Il a précisé que rien ne permettait d'affirmer qu'il ne s'agissait pas en fait d'un attentat suicide. Cette attaque a l'aspect caractéristique des autres attentats que l'armée américaine a jusqu'à présent attribués à des combattants étrangers.

«Une grosse bombe, une voiture piégée, beaucoup de civils, à l'extérieur d'un poste de police...», a énuméré Kimmitt. «C'est typique des attentats qui ont été perpétrés contre les Irakiens et contre les symboles de l'autorité irakienne».

Le vice-ministre irakien de l'Intérieur a, quant à lui, dit avoir compris qu'il s'agissait d'un attentat suicide.

Lundi, l'état-major américain avait annoncé qu'il avait saisi une disquette informatique renfermant une lettre d'Abou Moussab Zarkaoui, un activiste qui serait lié selon Washington aux islamistes d'Ansar al-Islam, et détaillant ses projets de déstabilisation de l'Irak.

D'après les Américains, Ansar al-Islam, qui opère dans le Kurdistan irakien, serait affilié à la mouvance islamiste al-Qaïda tenue pour responsable des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

«Il existe à l'évidence un plan de la part d'éléments extérieurs pour venir dans ce pays et déclencher une guerre civile, fomenter les violences sectaires et chercher à exploiter les fissures de la société irakienne», a affirmé le général Mark Kimmitt.

Pour Dan Senor, porte-parole de l'administrateur civil américain Paul Bremer, cette lettre de 17 pages évoque des projets d'attentat contre des sanctuaires et des dirigeants de la majorité chiite d'Irak, dont les sunnites et les Kurdes craignent qu'ils ne viennent à dominer le futur gouvernement.

À Washington, Colin Powell a estimé que cette lettre montrait que le réseau tissé par Oussama ben Laden était sous pression mais n'avait pas renoncé. «Cette lettre est très révélatrice», a dit le secrétaire d'État américain. «On se rend compte qu'ils ont bien du mal à saboter les efforts déployés par la coalition».

Les forces d'occupation soupçonnent depuis longtemps déjà qu'al-Qaïda joue un rôle dans les attaques dirigées contre les troupes américaines stationnées en Irak.

Le général Kimmit a par ailleurs annoncé que les forces américaines avaient abattu 10 hommes armés au cours d'une fusillade au nord de Bagdad.

À New York, Kofi Annan a évoqué avec des membres du Conseil de sécurité la mission des experts électoraux de l'ONU, qui sont actuellement en Irak pour chercher à établir s'il est possible d'organiser des élections au suffrage universel direct, comme le réclament les chiites, d'ici le transfert, le 30 juin, du pouvoir aux Irakiens.

«Je suis préoccupé par l'absence de consensus pour le moment sur la meilleure façon de gérer le processus de transition», a estimé le secrétaire général de l'organisation, d'après ses notes. La mission de l'ONU, conduite par le diplomate algérien Lakhdar Brahimi, nouveau conseiller spécial d'Annan à New York après avoir été son représentant pendant trois ans en Afghanistan, va prochainement rencontrer le grand ayatollah Ali al-Sistani, le très influent chef de la communauté chiite d'Irak.

D'après des sources politiques irakiennes, la plupart des interlocuteurs sunnites de Brahimi ont manifesté leur hostilité à la tenue d'élections anticipées. La majorité des chiites insistent quant à eux pour que le scrutin ait lieu d'ici le 30 juin.