France - La loi sur la laïcité est adoptée en première lecture

L'Assemblée nationale a adopté en première lecture hier, par 494 voix contre 36 et 31 abstentions, le projet de loi «encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics», puisque tel est devenu le titre du texte.

Il a recueilli une très large majorité des voix de l'UMP, même si plusieurs députés du groupe, à l'image de Christine Boutin (Yvelines), Bruno Bourg-Broc (Marne) ou Christian Vanneste (Nord), ont annoncé leur refus de s'y associer, estimant que

ce projet faisait «fausse route», ou n'ont pas caché leur «inquiétude», comme Marc Le Fur (Côtes-d'Armor). Alain Madelin a également jugé que cette loi «va compliquer la vie des enseignants». «Il y aura moins de voiles dans les écoles, mais plus dans les cités», a expliqué hier le député (UMP, Ille-et-Vilaine), dans un entretien au Parisien.

Le groupe socialiste dans son ensemble s'est prononcé favorablement. Au fil des mois s'est dessinée progressivement une orientation commune en faveur d'un texte réaffirmant les principes de la laïcité et permettant d'«établir les fondations d'une nouvelle intégration». Nombre de députés du PS estiment cependant, comme le note Jack Lang (Pas-de-Calais), qu'«il y a de la part du gouvernement une forme d'hypocrisie à se parer du drapeau de la laïcité tandis que la discrimination fait rage à tous les étages et que les inégalités se creusent jour après jour». Ils n'en considèrent pas moins qu'une loi est un point d'appui nécessaire pour réussir ce que le président du groupe, Jean-Marc Ayrault (Loire-Atlantique), a appelé «l'émancipation sociale de nos concitoyens issus de l'immigration et la place de l'islam dans la République».

«Valeur de symbole»

L'UDF et le PCF ont quant à eux partagé leurs voix. Le groupe centriste était largement réservé, voire hostile au principe d'un texte de loi dont il considère qu'il comporte plus de risques qu'il n'apporte de solutions. Certains de ses représentants, toutefois, à l'image de Maurice Leroy (Loir-et-Cher), se sont dits attachés à une loi ayant «valeur de symbole», permettant de «remettre en marche notre modèle d'intégration».

Dans les rangs du groupe communiste et républicain, en revanche, aucune position commune. À tel point que l'intervention de son porte-parole dans le débat, la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet (Seine-Saint-Denis), en opposition au texte de loi, a été immédiatement suivie d'un rappel au règlement de Jean-Pierre Brard (app. PCF, Seine-Saint-Denis), précisant que nul n'était autorisé à défendre une «position officielle» au nom du groupe. M. Brard, de même qu'André Gerin (Rhône), Jacques Bruhnes (Hauts-de-Seine), mais aussi François Asensi (Seine-Saint-Denis) devaient voter en faveur du texte de loi. De son côté, Georges Hage (Nord), estimant que «ce projet n'est qu'une diversion dérisoire», avait annoncé qu'il ne participerait pas au vote.

À l'issue du scrutin à l'Assemblée, le projet de loi amendé par les députés sera transmis au Sénat, où il devrait être examiné les 2 et 3 mars. En cas de vote conforme, il sera considéré comme adopté.

Au cours du débat, qui a vu se succéder à la tribune 120 orateurs, il a été beaucoup question du droit des femmes... en leur nom. Sur les 120 intervenants (150 inscrits à l'origine),

18 étaient des femmes. Une proportion toutefois légèrement supérieure comparée à celle de l'effectif total du Palais-Bourbon, où on ne compte que 12,3 % de députées.

De même, en dépit des déclarations assurant que la loi n'était pas «contre le voile», il n'aura été question, tout au long des interventions, que de lui.

Combien d'orateurs se seront alarmés des «coups de boutoir des islamistes intégristes» (Yves Bur, UMP, Bas-Rhin)? Ou se seront élevés contre «une conception pervertie de la liberté». «La République ferait une exception pour des intégristes sous prétexte qu'ils sont musulmans» (Jean-Claude Guibal, UMP, Alpes-Maritimes)?

Les visages qu'on cache

La députée (non inscrite) de la Réunion, Huguette Bello, a, elle, plaidé pour la «diversité», le «respect», la «tolérance», en évoquant l'«équilibre précieux et fragile» qui s'est établi dans son île. «Pendant que vous célébrez les "valeurs",

les jeunes sont invités à vivre leur vie sur le mode de l'individualisme, de la compétition, de l'illusion, de l'envie et de la jalousie», a déploré Mme Bello. «Qui va s'opposer, a-t-elle demandé, aux signes visibles de richesse, aux signes ostentatoires de vanité, aux signes ostensibles d'arrogance et de mépris?» Avant d'appeler à s'interroger sur «les raisons de vivre que nous proposons à la jeunesse» et à comprendre que ce n'est «pas seulement le visage de quelques adolescentes» que cache le voile, «mais, à sa manière, le nôtre».

Jean Lassalle (UDF, Pyrénées-Atlantiques) a quant à lui résumé en une formule le «trouble profond» que lui inspirait ce débat: «Nous ne savons plus rencontrer les autres.»