Les Panama Papers passent dans les mains des citoyens

Les Panama Papers, c’est cette fuite de 11,5 millions de documents confidentiels du cabinet panaméen Mossack Fonseca, lequel a permis à de riches clients de cacher des millions de dollars dans des paradis fiscaux.
Photo: Rodrigo Arangua Agence France-Presse Les Panama Papers, c’est cette fuite de 11,5 millions de documents confidentiels du cabinet panaméen Mossack Fonseca, lequel a permis à de riches clients de cacher des millions de dollars dans des paradis fiscaux.

Près d’un mois après avoir ébranlé la planète pour une première fois, les Panama Papers pourraient provoquer une nouvelle secousse. Comme promis, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) dévoilera ce lundi une imposante masse d’informations provenant de cette fuite historique, ce qui permettra à tous de plonger tête première dans l’univers habituellement opaque des paradis fiscaux.

Les Panama Papers, c’est cette fuite de 11,5 millions de documents confidentiels du cabinet panaméen Mossack Fonseca, lequel a permis à de riches clients de cacher des millions de dollars dans des paradis fiscaux. Ces documents ont d’abord été obtenus par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, puis relayés à l’ICIJ et à ses médias partenaires, qui ont enquêté pendant près d’un an pour en arriver aux révélations-chocs du mois d’avril.

Les présidents russe, Vladimir Poutine, argentin, Mauricio Macri, tout comme le premier ministre britannique, David Cameron, et l’étoile du soccer international Lionel Messi se sont notamment retrouvés dans le collimateur des Panama Papers. Le premier ministre islandais, Sigmundur David Gunnlaugsson, a carrément été contraint de démissionner sous la pression populaire.

Poussant l’exercice plus loin, l’ICIJ mettra donc à la disposition du public ce lundi à 14 h (heure de l’Est) une base de données révélant de l’information sur plus de 200 000 sociétés mises sur pied dans des paradis fiscaux, qui font partie de l’enquête des Panama Papers. Cette base de données ne contiendra pas de numéros de téléphones, de courriels ou de passeports qui permettraient de mettre la main sur des données personnelles. « L’information sélectionnée et limitée est publiée dans l’intérêt public », précise le consortium.

Comprendre le système

Que faut-il attendre de cette masse de données accessible à tous ? « Tout dépend de celles et ceux qui voudront sonder le filon, affirme Alain Deneault, philosophe et auteur de plusieurs ouvrages sur les paradis fiscaux. Il faut espérer qu’à chaque fois qu’on en tire quelque chose, ce soit l’occasion non pas seulement de braquer les projecteurs sur untel ou untel, mais de comprendre le fonctionnement d’un système qui permet à des acteurs nantis et à de grandes sociétés de contourner la loi. »

M. Deneault, qui s’est retrouvé sur toutes les tribunes pour éclairer le scandale des Panama Papers il y a un mois, croit que la plus importante fuite de l’histoire du journalisme n’a pas révélé tous ses secrets. « Si on cherche absolument des têtes d’affiche, je ne sais pas s’il y a encore matière à découverte. Mais peut-être que l’intérêt est de sonder ces documents pour comprendre quels sont les stratagèmes à l’oeuvre, dit-il. On avance toujours dans la compréhension des paradis fiscaux par fuite interposée. On n’a pas un accès direct à ce qui se passe dans les paradis fiscaux et dans les législations de complaisance puisque le secret bancaire nous empêche de savoir ce qui se trame. »

La base de données rendue disponible par l’ICIJ pourrait intéresser des universitaires ou des enquêteurs en tout genre, estime M. Deneault.

Il est heureux de constater une certaine prise de conscience internationale depuis l’éclatement des Panama Papers, mais il dénonce l’« approche gestionnaire » du gouvernement canadien dans cette affaire.

« Il y a quelque chose de gênant dans le fait que les lanceurs d’alerte fournissent aux États des données que ces États ne sont pas capables d’obtenir eux-mêmes », fait-il valoir.

Radio-Canada et le Toronto Star — les deux seuls médias canadiens qui ont eu accès aux données initialement partagées par l’ICIJ — ont trouvé dans les Panama Papers un total de 2106 sociétés enregistrées pour des clients ou des intermédiaires ayant une adresse au Canada, 625 actionnaires affichant une adresse canadienne et 350 passeports canadiens.


2106
C’est le nombre de sociétés enregistrées pour des clients ou des intermédiaires ayant une adresse au Canada trouvées dans les Panama Papers.

 
2 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 9 mai 2016 06 h 47

    Yes!

    J'ai hâte de lire cela! On aura sûrement des surprises!

  • Madeleine Provencher - Inscrite 10 mai 2016 07 h 22

    Chapeau à une bande d’irréductibles!

    C’est sûr qu’on n’arrivera pas à régler le problème du banditisme financier avec la compréhension du système des paradis fiscaux. C’est sûr que les biens nantis qui le veulent parviendront à trouver de nouveaux moyens de dissimuler leur fortune (ils doivent déjà l’avoir fait en grande partie, d’ailleurs). C’est sûr que les gouvernements (qui comptent leur lot de bien nantis « qui le veulent ») continueront à faire des réglementations de complaisance pour favoriser les plus riches. Mais, au moins, ce ne sera plus ce chemin-là qu’ils emprunteront. Grâce à une « trâlée » de bonnes gens, nos justiciers en civil (ou non), ils sont obligés de se tasser un peu plus loin. Ces irréductibles auront rendu plus difficile la tâche de nous voler. Pour cela, et pour leur immense ténacité dans la voie parsemée d’écueils de la dénonciation, je leur adresse mes plus admiratifs sentiments. On peut bien être cynique devant la persistance des mal intentionnés, cet exploit nous rappelle qu’il y a du bon monde parmi nous et que leur force permet d’empêcher la société de sombrer complètement dans la corruption et la déchéance.