Le nord d'Haïti en pleine insurrection

Scènes de pillage à Saint-Marc dimanche après-midi.
Photo: Agence Reuters Scènes de pillage à Saint-Marc dimanche après-midi.

Port-au-Prince — La partie nord d'Haïti échappait hier au contrôle du président Jean-Bertrand Aristide et certaines villes continuaient d'être le théâtre de violences, parfois entre bandes rivales.

L'ONU, Les États-Unis, la France et l'Organisation des États Américains (OEA) ont appelé à l'arrêt immédiat des affrontements en Haïti, qui ont fait 40 morts depuis jeudi. Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a annoncé hier que l'ONU allait «très prochainement» accroître son engagement dans ce pays. Le département d'État américain a accusé le gouvernement haïtien de contribuer à la violence. «Il y a des bandes violentes, des brutes des deux côtés qui ont été impliquées dans des actes violents [...] La réaction du gouvernement a contribué assez souvent à la violence», a affirmé son porte-parole Richard Boucher.

«La France appelle à l'arrêt immédiat des violences d'où qu'elles viennent, et au respect des règles de droit», a déclaré de son côté le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Hervé Ladsous. Au cours du week-end, l'OEA avait aussi condamné le recours à la violence et réclamé que tout changement politique soit mené «de manière pacifique et démocratique».

De fait, depuis la fin de la semaine dernière, plusieurs régions du nord du pays sont livrées à l'anarchie, avec des tirs et des pillages. Dans une dizaine de villes de plus ou moins grande importance, les policiers ont fui les commissariats, mis à sac et incendiés.

Hier, des renforts de la police acheminés de Port-au-Prince, équipés notamment d'hélicoptères, ont réussi à reprendre le contrôle de Saint-Marc, à 96 kilomètres au nord de la capitale, selon des habitants et une source policière. Depuis ce week-end, deux bandes armées rivales s'affrontent dans cette localité de 160 000 habitants, où des barricades enflammées ont été érigées.

Balai Rouzé contre Ramicos

La police était venue aider des militants pro-Lavalas (au pouvoir) du mouvement local «Balai Rouzé» à prendre le dessus sur une bande armée appelée Rassemblement des militants conséquents de Saint-Marc (Ramicos). Ce groupe, se réclamant de l'opposition, avait incendié samedi le commissariat de la ville et s'était emparé d'armes après la fuite de policiers.

Située en bordure de mer, Saint-Marc se trouve sur la route menant de Port-au-Prince aux Gonaïves, passée depuis jeudi sous le contrôle d'une bande armée locale, le Front de résistance révolutionnaire de l'Artibonite. Gonaïves (200 000 habitants) est la principale ville de la région Artibonite.

Dans le nord d'Haïti, un petit commissariat de la localité de Dondon a été incendié par la population. Les policiers de cette ville ont là aussi pris la fuite, a affirmé hier Radio Vision 2000, citant son correspondant local.

Des tirs nourris ont d'autre part été entendus dans la nuit de dimanche à hier à Cap-Haïtien, la 2e ville du pays, visant notamment les maisons de membres présumés de l'opposition locale, alors qu'une voiture appartenant à un ancien officier de l'ex-armée haïtienne a été incendiée, selon un journaliste local.

L'usine qui fournit l'électricité à cette ville a cessé hier ses activités, faute de carburant qui transite par les Gonaïves. Selon des médias locaux, le calme régnait toutefois hier matin au Cap-Haïtien, où écoles et commerces ont ouvert leurs portes.

À Port-au-Prince, la situation était également calme, de même qu'à Jacmel (sud-est) où des hommes armés opposés au gouvernement ont fait leur apparition à l'est de la ville en fin de semaine dernière. Un riverain a été blessé par balles dans la localité voisine de Tessaire. Par précaution, les autorités pénitentiaires ont transféré dimanche les détenus de la prison de Jacmel à Port-au-Prince, a constaté un journaliste de l'AFP.

Dimanche, le gouvernement a accusé l'opposition de favoriser un coup d'État contre le président Aristide.