John Kerry avance comme un rouleau compresseur

Washington — Le sénateur John Kerry avance comme un rouleau compresseur sur la route de la présidentielle américaine et paraît en mesure de mettre KO dès aujourd'hui deux de ses rivaux démocrates dans les primaires du Sud.

Après un week-end marqué par des victoires dans trois États, le Washington, le Michigan et le Maine, des sondages flatteurs le laissent espérer de nouvelles victoires dans le Tennessee et en Virginie. Des victoires dans ces deux États pourraient être fatales aux deux sudistes en lice, le sénateur de Caroline du Nord John Edwards, qui apparaît pour le moment comme le rival le plus sérieux de John Kerry, et l'ancien commandant suprême des forces alliées en Europe Wesley Clark.

Les deux hommes mettent en avant leurs origines simples et sudistes, par contraste avec le sénateur du Massachusetts John Kerry, descendant de la famille millionnaire Forbes et époux d'une héritière multimillionnaire.

«Ce n'est pas le moment de se reposer», a annoncé hier à ses partisans la directrice de campagne de John Kerry, Mary Beth Cahill. «Nous sommes la seule campagne qui mène vraiment un effort au niveau national», a-t-elle souligné, alors que John Kerry est sorti vainqueur de dix des 12 premières étapes des primaires démocrates devant désigner le candidat qui affrontera George W. Bush le 2 novembre. John Edwards a pour l'instant brillamment remporté la primaire de Caroline du Sud, et échoué de justesse face à Wesley Clark dans l'Oklahoma.

John Kerry est crédité de 35 % des intentions de votes parmi les électeurs de la primaire de Virginie, contre 22 % pour John Edwards et 17 % pour Wesley Clark, selon un sondage de l'institut American Research Group. La victoire serait presque aussi éclatante dans le Tennessee, avec 32 % des suffrages contre 21 % à Edwards et 20 % à Clark, selon le même institut. Ces deux candidats espèrent chacun se présenter comme la seule alternative crédible à John Kerry, avant le «super mardi» du 2 mars où les électeurs de dix États, dont ceux de New York et de la Californie, feront leur choix.

L'ancien gouverneur du Vermont, Howard Dean, mise désormais tous ses espoirs sur le Wisconsin, qui organise sa primaire le 17 février, mais même dans cet État réputé à gauche, les sondages le donnent perdant.

Bush sur la défensive

Un duel Bush-Kerry paraît donc de plus en plus probable à neuf mois du scrutin présidentiel alors que le président sortant est contraint de se justifier sur la guerre en Irak. Ignorant ses rivaux démocrates, le sénateur du Massachusetts concentre de plus en plus ses attaques contre le président républicain, renforçant l'impression qu'il est désormais seul en lice pour enlever la Maison-Blanche à George W. Bush.

M. Bush, lors d'une rare interview télévisée dimanche, a affirmé être persuadé de gagner l'élection du 2 novembre. Mais il est apparu largement sur la défensive devant l'intransigeance des questions concernant le renseignement sur les armes de destruction massive en Irak et les motivations de la guerre. Cet entretien d'une heure, filmé dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, faisait suite à plusieurs semaines de polémique, alors que les enquêtes d'opinion sur l'approbation du président sont au plus bas (moins de 50 %].

Dans un éditorial au ton accablé hier, le New York Times a qualifié la prestation du président d'«inconsistante», estimant que ses explications sur les justifications de la guerre étaient «loin d'être rassurantes».