L'ancien mari d'Ingrid Betancourt s'en prend au président colombien

«J'accuse Uribe d'employer deux poids et deux mesures, de refuser de négocier la libération des otages avec la guérilla, alors qu'il s'est empressé de faire la paix avec les paramilitaires.» Fabrice Delloye, l'ancien mari d'Ingrid Betancourt, critique le président colombien Alvaro Uribe (droite), en tournée en Europe cette semaine.

L'homme qui a organisé la solidarité internationale autour de l'ancienne candidate présidentielle des Verts colombiens ne dissimule pas l'amertume de la famille. «Nous avons été manipulés par Uribe, assure M. Delloye. C'est le président lui-même qui a pris contact avec Astrid Betancourt, la soeur d'Ingrid, et sa mère Yolanda Pulecio, en juillet 2003. Il prétendait avoir reçu un messager des FARC — Forces armées révolutionnaires de Colombie —, qui seraient disposées à la libérer, car elle était malade. Cela a précipité le départ d'Astrid en Amazonie et la frustration qui s'ensuivit. Je n'y ai jamais cru, puisque de mon côté on m'annonçait une cassette vidéo destinée à montrer qu'elle était en bonne santé. Je me demande si Uribe et ses services n'ont pas manigancé tout ça pour faire capoter le contact prévu entre les FARC et l'ONU en territoire brésilien.»

Fabrice Delloye cite l'exemple d'Israël, qui a négocié l'échange de prisonniers avec le Hezbollah libanais. Qu'est-ce qui empêche donc M. Uribe d'envisager «l'échange humanitaire» proposé par les guérilleros qui détiennent les otages, demande-t-il? «Les paras sont accusés d'avoir commis des atrocités bien plus graves que les FARC», dit-il. Les groupes paramilitaires ont souvent été formés pour protéger des propriétaires terriens et des trafiquants de drogue, souvent les mêmes, l'argent sale étant recyclé dans l'achat de terres. M. Delloye s'est rendu compte que le président colombien n'avait pas pris le temps de regarder l'enregistrement vidéo au cours duquel Ingrid Betancourt plaide pour l'ensemble des otages. «Il n'a même pas consacré vingt petites minutes à un message qui lui était directement adressé», se plaint-il.

La presse de Bogota et l'hebdomadaire américain Newsweek se sont interrogés abondamment sur la personnalité d'Alvaro Uribe. À 30 ans, il est devenu directeur de l'aviation civile pendant vingt-deux mois. Son prédécesseur à ce poste sensible a été assassiné, son successeur a tenu trois mois. Sa carrière politique commence à ce moment. Il a été maire de Medellin, gouverneur d'Antioquia, sénateur puis président de la République.

Pendant la période faste du cartel de Medellin, les trafiquants s'étaient dotés d'une flotte aérienne pour écouler la drogue. Lorsque cette coïncidence a été relevée, M. Uribe a évoqué les saisies opérées durant son administration. Mais tandis que des avions Cessna, appartenant à de petits trafiquants, étaient saisis, le fameux Pablo Escobar utilisait des Caravelle ou des Boeing pour ses transports vers le Guatemala et le Mexique.

En réponse aux questions sur les relations de sa famille avec le cartel de Medellin, Alvaro Uribe a admis son amitié avec le narcotrafiquant Fabio Ochoa et ses frères. Leur arrière-grand-père, Abelardo Ochoa, et son propre père partageaient une même passion pour les chevaux. Si M. Uribe s'est rendu au chevet de son père, assassiné par les FARC, dans un hélicoptère de Pablo Escobar, il assure qu'il n'en savait rien. Un hélicoptère dont l'immatriculation était au nom du père d'Alvaro Uribe a été saisi ensuite par la police colombienne à Tranquilandia, une base des narcos.

«Quand Ingrid a attaqué Uribe sur son passé, pendant la campagne électorale, le candidat de droite a perdu son calme», observe Fabrice Delloye. La popularité du président colombien étant très élevée, ses partisans se mobilisent pour sa réélection, ce qui supposerait de modifier la Constitution qui interdit un deuxième mandat successif. Dimanche 8 février, El Espectador a publié en «une» une vieille photo du rapporteur du projet de réforme constitutionnelle aux côtés de Pablo Escobar. Le journal annonce la prochaine sortie d'un documentaire avec des extraits des vidéos de la famille Escobar. Le passé refait surface quand on s'y attend le moins.