Haïti - Le gouvernement dénonce une «tentative de coup d'État»

Port-au-Prince — Le premier ministre haïtien, Yvon Neptune, a accusé hier l'opposition de vouloir favoriser «un coup d'État» en Haïti, alors que des troubles ont été signalés dans plusieurs villes du pays.

«Cette violence est en connexion avec une tentative d'un coup d'État», a dit M. Neptune lors d'un entretien diffusé par la chaîne de télévision nationale. «Si l'opposition veut participer à la construction d'un État de droit, elle doit jouer son rôle pour arrêter la violence», a-t-il ajouté, en l'invitant à prendre le chemin des élections.

M. Neptune a également encouragé la population à informer la police sur les violences commises afin, a-t-il dit, qu'elle puisse rétablir la paix dans le pays. Il a félicité la police nationale pour son engagement à rétablir la paix et à reprendre le contrôle de la situation dans les villes où des troubles ont éclaté.

Intensification du soulèvement

Au lendemain des heurts sanglants qui ont opposé policiers et rebelles dans plusieurs villes de l'ouest de Haïti, dont les Gonaïves et Saint-Marc, des pillages de grande ampleur ont été signalés dans le port de cette deuxième ville, confirmant l'intensification du soulèvement contre le régime du président Jean-Bertrand Aristide.

Fait significatif, la police s'est retirée de la ville des Gonaïves qu'elle avait tenté de reprendre aux insurgés samedi lors de violents combats qui ont fait au moins neuf morts, dont sept policiers. Après ces violences, les forces de l'ordre ont disparu samedi soir et ne sont pas réapparues hier.

Dans la capitale, quelques barricades enflammées ont aussi été érigées hier. Pour des raisons de sécurité, une manifestation de l'opposition a été annulée dans la matinée.

À l'ouest de Port-au-Prince, dans la ville de Grand-Goave (49 000 habitants), le commissariat a été déserté et le bâtiment incendié par des opposants, ont rapporté des radios haïtiennes.

Toujours d'après les médias haïtiens, des barricades enflammées ont aussi été érigées samedi soir et hier matin à Cap-Haïtien (nord), qui compte quelque 200 000 habitants. Le local d'une radio, Vision 2000, a été incendié dans cette ville.

Un dirigeant de l'opposition, Evans Paul, a demandé aux policiers de ne pas se battre contre la population. Il a souligné que la mobilisation contre le président n'était pas le fait de simples bandes armées mais de la population dans son ensemble.

Le président Aristide, qui refuse toute idée de démission, participe à des négociations menées par l'Organisation des pays de la Caraïbe (Caricom) pour tenter de résoudre la crise politique qui perdure dans le pays depuis 2000. Les recommandations de la Caricom portent notamment sur une libération des opposants incarcérés, un désarmement des groupes armés proches du pouvoir et une liberté de manifester pacifiquement pour l'opposition dans le pays.